[POINT DE VUE] Opposée à l’euthanasie, la veuve de l’ancien patron de Ouest-France rend sa Légion d’Honneur
Le nom de Jeanne-Françoise Hutin n’est pas connu du grand public. Cette dame est la veuve de l’ancien patron de Ouest-France et s’est distinguée dans l’espace médiatico-politique pour ses prises de position résolument européistes. « Il nous faut faire preuve d’utopie », déclarait-elle en 2023, lors d’une réunion à la Maison de l’Europe, à Rennes – une maison qu’elle a fondée. Passionnée de paix et de construction européenne, profondément marquée par la seconde guerre mondiale (elle avait sept ans à la Libération), Mme Hutin n’a cessé de porter une parole qui nous semble aujourd’hui un peu datée (celle d’une Union Européenne entendue comme remède à la guerre) mais à laquelle elle croit sincèrement. En 2019, son engagement avait été reconnu par la remise des insignes d’officier de la Légion d’Honneur.
Porte close
En 2019, c’est à l’Elysée qu’Emmanuel Macron en personne lui avait remis sa décoration. C’est donc à l’Elysée qu’elle s’est de nouveau rendue, jeudi 17 septembre, pour rendre sa Légion d’Honneur, afin de marquer son opposition à la loi sur l’euthanasie, votée le 15 juillet dernier. Cette fois, le président de la république ne lui a pas ouvert les portes du Château. C’est sur le trottoir de la rue du Faubourg Saint-Honoré qu’un agent des services du palais présidentiel est venu récupérer le fameux emblème rouge. La photo dit tout : une vieille dame très digne, un peu triste sans doute, et un employé anonyme, devant l’Elysée aux grilles fermées. Déconnexion, mépris des citoyens : on ne pouvait pas mieux illustrer la Macronie finissante qu’avec ce cliché.
Mme Hutin avait promis qu’elle rendrait sa Légion d’Honneur si la loi sur l’euthanasie passait : elle a tenu parole. « C’est un acte de résistance », dit-elle. « En conscience, comme de nombreuses autres personnes, je ne suis pas d’accord avec ce texte ». Eh oui, comme de nombreuses autres personnes, mais ça, la représentation nationale si peu représentative s’en fiche complètement.
Agée de 86 ans, cette dame est loin d’être une factieuse : entre autres responsabilités, elle a été membre du comité d’éthique régional de Bretagne en 1983, conseillère régionale de 1993 à 1998, et candidate aux élections européennes de 1989 sur la liste de Simone Veil. Rien de fasciste. Simplement, elle croit à la nécessaire dignité de la personne. Un peu daté, sans doute, cela aussi, tout comme le rêve d’une construction européenne débouchant sur une paix perpétuelle. Un peu daté mais assez beau tout de même.
Des convictions et du courage
Nous avons, en France, une fascination assez irrationnelle pour les ordres nationaux. Ce sont les hochets innocents de nos petites vanités. Il n’y a rien de mal à ça et nos voisins européens rient sans méchanceté du plaisir que nous prenons à porter nos distinctions à la boutonnière. En revanche, du fait de ce mécanisme psychologique très français, rares sont ceux qui auraient eu le courage de se défaire de leurs rubans ou rosettes pour s’opposer à une loi qu’ils estiment inique. D’ailleurs, Jeanne-Françoise Hutin a été, à notre connaissance, la seule à le faire. Il faut saluer ce courage, même s’il est un peu théâtral, même s’il est parfaitement inutile.
Des convictions, du courage, une foi profonde dans certaines valeurs en voie de ringardisation, à commencer par le respect de toute vie humaine : il n’y a plus beaucoup de gens comme Jeanne-Françoise Hutin de nos jours et c’est dommage. Cela dit, puisqu’elle a figuré sur la liste électorale de Simone Veil, il est probable que l’entrée de l’avortement dans la Constitution ne lui a pas donné envie de rendre ses médailles. N’est-ce pas un peu contradictoire ? Le ver n’était-il pas déjà dans le fruit quand la représentation nationale a considéré qu’un enfant à naître n’était pas vraiment un individu ?
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