Dessinateur de rue chassé du pont des Arts : l’anarcho-tyrannie en images

Les autorités publiques savent faire preuve de la plus grande intransigeance quand elles le veulent…
© Pexels Photo de Ignacio Pereira
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Il s’appelle Yann Le Houelleur. Depuis quelques jours, ce dessinateur de rue bénéficie, malgré lui, d’une exposition médiatique inattendue. Il a été filmé sur le pont des Arts, à Paris, alors que des policiers municipaux lui demandaient de remballer ses dessins et de quitter les lieux. « Faut ranger tout ça, c’est interdit ! Ce serait dommage de verbaliser pour le fait de vendre des dessins… », lui lancent les agents. Désabusé, l’homme obtempère non sans témoigner de son agacement, face caméra. « Vous vous rendez compte de ce pays où on peut vendre de la drogue partout et où on peut avoir une amende parce qu’on dessine dans la rue ?, observe-t-il, amèrement. Ça fait peur parce que, tout l’été, je vais devoir les affronter… »

Avant de prendre la poudre d’escampette, l’artiste a déploré « une grande injustice ». « Ils savent très bien qu’il n’y a aucune autorisation délivrée par la mairie de Paris », dénonce-t-il, ajoutant qu’il a déjà échangé, en vain, de nombreuses « correspondances » avec la municipalité. S’agit-il là d’une politique délibérée de la nouvelle équipe en place ? « Allô, Emmanuel Grégoire, j'ai vraiment du mal à croire que cet inoffensif peintre amateur a été verbalisé ? Si tel était le cas, j'imagine que c'est dû à un excès de zèle de votre police municipale et que vous allez annuler le PV », s’est enquis le journaliste et romancier Clément Weill-Raynal.

Une étonnante sévérité

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont partagé cette indignation en découvrant la mésaventure vécue par Yann Le Houelleur. « La ville de Paris a besoin d'argent. En ce moment, ils verbalisent à tout-va », croit savoir l’un d’eux. « Disons que c’est plus facile de s’en prendre à un vieux monsieur qu’aux vendeurs à la sauvette du Champ-de-Mars », note un autre. Ces derniers semblent en effet jouir d’une grande impunité. Les stands de maïs grillé ou de banane plantain ont pignon sur rue, dans certaines zones de la capitale, au vu et au su de tous. Il faut croire que les autorités savent faire preuve d’un grand doigté lorsqu’il s’agit de sévir contre ceux qui pourrissent véritablement le quotidien des riverains... On se souvient de cette invraisemblable campagne de la préfecture de police de Paris, datant d’août 2025, qui alertait sur la vente clandestine de bibelots. On y voyait deux personnages, l’un représentant un touriste, l’autre un vendeur à la sauvette qui lui tendait un porte-clés tour Eiffel. Problème : ce dernier n’avait pas vraiment « la tête de l’emploi ». « Cette affiche de la préfecture de police de Paris pour lutter contre la vente à la sauvette est accusée de vouloir stigmatiser les Blancs... Vrai ou faux ? », avait raillé l’ancien député européen Gilbert Collard.

Les pouvoir publics auraient-ils tendance à stigmatiser et réprimer en priorité les membres d’un certaine communauté ? Certains semblent le penser. « Fort avec les faibles... faible avec les forts », résume à sa façon un internaute, en réaction à l’éviction de Yann Le Houelleur du pont des Arts. « Mais Walid, il peut vendre ses crêpes pourries tranquille sur le pont de l’Alma », déplore un autre.

Un parfum d’« anarcho-tyrannie »

Cette maxime du « fort avec les faibles, faible avec les forts » est le principe central de ce qu’on appelle « l'anarcho-tyrannie », un concept forgé par l’essayiste américain Samuel T. Francis dans son livre Leviathan and Its Enemies (Radix). Selon l’auteur, dans un tel régime, le gouvernement n’appliquerait plus les lois qu’il devrait légitimement appliquer et, dans le même temps, en inventerait d’autres qui n’ont pas de raison légitime d’exister. Dans quel but ? Afin de criminaliser et punir les honnêtes gens qui obéissent à la loi et laisser libre cours aux délinquants. En conséquence, le citoyen innocent se retrouverait attaqué par le bas par les petits voyous et par le haut par un État qui lui prend la moitié de ce qu’il gagne à la sueur de son front. Toute ressemblance avec des faits ou des personnages existant en France serait purement fortuite, bien évidemment…

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

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