Saint-Gault : l’église reconnue comme appartenant au « patrimoine architectural identitaire »
Le 3 février dernier, les cloches de Saint-Gault sonnaient pour la dernière fois, pensait-on. Le maire du village de Quelaines-Saint-Gault (Mayenne) formalisait ainsi les adieux de la commune à un édifice qui allait être détruit en raison, disait-il, de son mauvais état. Mais que les cloches puissent y sonner était la preuve même que le clocher n’est pas en si mauvais état que ça. D’où le combat acharné d’Urgences Patrimoine pour que Saint-Gault soit sauvée. Le tribunal administratif de Nantes, ce 16 mars, lui donne raison : la démolition est suspendue. Et reconnaît, au passage, la légitimité d’Urgences Patrimoine dans ce genre de combat.
"Ce matin, c'est le glas de 1 000 ans d'histoire qui résonne."
Urgences Patrimoine alerte sur la destruction imminente de l’église de Quelaines-Saint-Gault, qui date du XIe siècle.
Pour signer la pétition 👉🏻 https://t.co/LpFS476270 pic.twitter.com/ZWab25v77N
— Boulevard Voltaire (@BVoltaire) February 3, 2026
Une église est « identitaire »
Saint-Gault, c’est une église millénaire menacée par le projet absurde d’un square-parking où auraient été préservés un bout de mur du bâtiment et deux vitraux. À en gagner le concours Lépine de l'invention de mauvais goût. Le jugement du tribunal administratif, que BV a pu consulter, ne rentre pas dans des considérations esthétiques. Il estime douteuse la validité de la destruction, car elle va à l’encontre du plan local d’urbanisme de la commune. En particulier, de la section « Préserver et mettre en valeur le patrimoine architectural identitaire », puisque — ce sont les mots du tribunal — elle « a pour objectif central la préservation du patrimoine architectural identitaire de la commune que la démolition de cette église contrarie à l’évidence ». Les mots ont un sens : oui, une église est « identitaire ». Elle est constitutive de l'identité.
« La France est un maillage de petits villages, rebondit Alexandra Sobczak-Romanski, présidente d’Urgences Patrimoine, jointe par BV. Dans chacun, une église. La destruction de ces églises est inacceptable, même aux yeux de gens athées ou appartenant à une autre religion. » Du côté du maire, l’arrêt est un « non-événement ». Ce n’est que le référé d’urgence : on verra bien ce que dira le recours au fond. Une façon comme une autre de gérer la déconvenue. Laurent Lefèvre se targue d’ailleurs de sa réélection, ce dimanche. Seul à se présenter et avec une abstention de plus de 46 %, il ne peut prétendre avoir tout le village derrière lui. Et quand bien même... « L’église Saint-Gault appartient à la commune de Quelaines-Saint-Gault, mais, au delà de ça, elle appartient au patrimoine français, rétorque Alexandra Sobczak-Romanski. Ça n’est pas acceptable qu’un maire puisse en décréter la destruction. »
Le ministère de la Culture se fait désirer
D’autant qu’il y a deux repreneurs potentiels : Reynald Sécher et un groupe d’entrepreneurs locaux. « Des gens sérieux, qui sont dans l’univers du patrimoine. » En attendant le recours au fond, Urgences Patrimoine espère une réponse du ministère de la Culture, auprès duquel l’association a déposé une « mise en instance de classement d’urgence ». Le 11 décembre 2025… « Qu’est-ce que le ministère de la Culture ne comprend pas, dans l’expression "mise en instance de classement d’urgence" ? », s’interroge la présidente de l’association.
Certes, l’église n’a rien de remarquable. Elle n’est pas l’équivalent d’une cathédrale ou d’une abbatiale. « Une église médiévale au cœur d’une région rurale est, par définition, un édifice modeste, rappelle Alexandra Sobczak-Romanski. Mérite-t-elle d’être sacrifiée ? La valeur historique et symbolique doit être prise en compte. » Alexandra Sobczak-Romanski milite pour un troisième degré de classement. Un degré non contraignant, sauf sur un point essentiel : l’interdiction de démolir. Sinon - et la comparaison est parlante -, « l’église médiévale est un bâtiment communal au même titre que le local technique où on range la tondeuse à gazon ».
Deux mille modestes églises médiévales
En 2016, le député Yves Jégo (Union des démocrates et indépendants) avait déposé une proposition de loi « relative à une meilleure protection des églises ». Une proposition restée lettre morte. Lors des Journées du patrimoine 2023, à Semur-en-Auxois, Emmanuel Macron avait lancé une grande campagne de sauvegarde du patrimoine religieux des petites villes et de la ruralité. Lettre morte aussi, la grande campagne. L’église de Saint-Gault pourrait être l’occasion de la relancer, de la concrétiser. « C’est un bâtiment des XI-XIIe siècles. On en a moins de deux mille, en France, de cette période », nous dit Alexandra Sobczak-Romanski. Elle se refuse à les voir détruire une à une. Vous aussi ? Si ce n'est déjà fait, signez la pétition d'Urgences Patrimoine!
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9 commentaires
Reynald Secher y viendra-t-il servir la messe ? Sauvegarder une église de plus, sans grand attrait, dans un pays où il y en a des dizaines de milliers, cela interroge. D’autant que le culte n’est plus assuré dans des milliers (ou plutôt dizaines de milliers !) d’entre elles. Il faut d’urgence organiser un référendum local, car après tout c’est Nicolas qui paie : la réélection du maire est un indice, mais cela ne suffit pas.
C’est simple, les municipalités qui désirent détruire une église ne l’entretiennent pas, relativement peut de frais si l’entretiens est suivi, puis évidement si non les dégâts s’accentuent jusqu’au moment il faut de véritablement frais pour la sauver, donc très facile de dire qu’il faut la détruire.
On l’à bien vue sur le mur d’une l’église qui s’écroulait sous un manque d’ardoises qui étaient tombés, trop facile des les remettre en place dés le début.
Bizarre, pour les mosquées on a du pognon à distribuer, soit en espèces sonnantes, soit en dons de terrain . Pour soutenir la culture de peuples du bout du monde, la France a aussi plein de pognon à distribuer. Heureusement qu’il reste quelques maires courageux et soucieux de défendre ce qui reste de notre culture judeo chrétienne. Merci à urgence patrimoine pour ses actions quotidiennes et courageuses.
juste remarque!
Comme quoi,quant il y a une volonté politique, on arrive a sauver nos églises. Encore faut il que les concernés se charge (comme le Maire) de dénoncer et de mettre en marche un petition ou une cagnote les français sont génréreux pour leur patrimoine .
Le maire a donc été élu avec 54 % des inscrits. C’est pas mal quand même comme score. Quel maire en France peut se targuer d’avoir tout le village derrière lui?
Si tout le village était pour laisser tomber l’église, il faudrait s’y opposer car l’église ne lui appartient pas ?
A l’inverse, une seule ouaille aurait un droit de véto pour maintenir son culte ?
Par contre l’afd balance 15 millions d’euros pour la rénovation des digues de saint Louis du Sénégal et 100 millions d’euros pour le palais du roi d’Éthiopie a Addis-Abeba…
Et si il n’y avait que çà !
Tant que le nom est sauvegardé ça reste acceptable.