Et l’on nous ressort la vieille idée d’une armée européenne !
Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense et à l’Espace depuis juillet 2024, vient de déclarer que l'Union européenne devrait « envisager de constituer une armée commune ». Ce commissaire européen lituanien, né à l’époque de l’URSS et Premier ministre de son pays de 2008 à 2012, tire donc l’occasion des velléités du président Trump de conquérir militairement le Groenland pour affirmer tout haut ce qu'en fait, beaucoup d’Européens de l’Est pensent tout bas. Cette déclaration remet sur le tapis cette vieille idée défendue depuis toujours par les plus ardents européistes. La mission de cette armée, selon Kubilius, serait de suppléer l’absence de troupes américaines en Europe au cas où leur commandant en chef le déciderait. Le volume de ces forces spécifiquement européennes serait, selon M. Kubilius, de 100.000 hommes destinés à remplacer les 100.000 soldats américains encore présents en Europe. Mais alors, sous quel « leadership » ?
Cette question avait plus ou moins été évoquée en 2023 par le président tchèque Petr Havel lors de sa visite en Allemagne où ce dernier, ancien général d’armée de l’armée tchèque et surtout ancien président du Comité militaire de l’OTAN, avait affirmé que « l’Allemagne peut démontrer son leadership dans un certain nombre de domaines », notamment celui de la sécurité et de la défense. Derrière ces déclarations de ces deux chefs d’État ou de gouvernement de « petits pays » de l’Europe de l’Est (moins de trois millions pour la Lituanie, moins de onze millions pour la Tchéquie), on devine, plus ou moins, cette nécessité ressentie, à l’Est, de construire une défense européenne. Sous commandement ou, tout du moins, sous « leadership » allemand ? On peut se poser la question. Certes, les armées française et britannique sont, au sein de l’OTAN, les deux armées les plus aguerries de l’Europe, mais dans la mesure où le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne depuis le Brexit, l’armée française serait la seule à pouvoir concurrencer son homologue allemande dans ce nouveau défi.
L'Allemagne pousse ses pions
Reléguée au rang d’illusion par beaucoup de spécialistes, cette armée européenne est pourtant en cours de constitution, de manière quasi informelle, car la Bundeswehr est en train d’en constituer son « noyau clé » en intégrant dans ses structures de commandement certaines armées sœurs, en particulier l’armée néerlandaise. Ainsi la 11e brigade aéromobile néerlandaise est-elle intégrée à la division de réaction rapide de la Bundeswehr depuis 2014. De même en est-il de la 13e brigade légère, une brigade motorisée, intégrée au sein de la 10e Panzer Division allemande et équipée de Leopard 2 A6 et de véhicules de combat Boxer de fabrication allemande.
Sur le plan des équipements, l'armée de terre française, elle-même, à plus ou moins long terme, pourrait être dans le même cas, si l’on en croit un récent article du journal Marianne concernant le sort du futur char franco-allemand : « Alors que le MGCS, futur char de combat fruit de la coopération franco-allemande, accumule les retards, la fin de vie programmée du char français Leclerc laisse craindre un trou capacitaire. Pour éviter de se retrouver sans blindés lourds, l’armée de terre a plusieurs options… dont l’achat de chars étrangers, notamment allemands. » Cette situation a déjà commencé avec l’achat de fusils d’assaut HK 416 F de la firme Heckler § Koch située à Oberndorf sur le Neckar, qui ont remplacé les fusils d'assaut FAMAS de notre armée de terre depuis 2017. Christophe Gomart, député européen LR, a dernièrement souligné le « coup de main allemand » sur les crédits européens alloués à la défense, ajoutant que « le fédéralisme avance à découvert ». Un fédéralisme qui profite à l'Allemagne. Or, pour ce général quatre étoiles, ancien patron des Forces spéciales, « la défense de l’Europe a besoin de coordination, pas d’intégration ».
Une armée européenne sans âme
La construction d’une armée européenne, déjà évoquée en 1954, au moment de la conceptualisation d’une défense européenne sans les Américains, fut refusée par notre Parlement au moment où la Bundeswehr n’existait pas encore, mais où l’Allemagne, neuf ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, était encore perçue par la plupart des Français comme une menace. Aujourd’hui, les conditions ont certes changé, mais une armée européenne, sans âme, pourrait être comparée à l’armée des cercles du XVIIIe siècle où les micro États du Saint Empire germanique fournissaient des combattants sans cohésion aux Habsbourg qui guerroyaient au côté du royaume de France contre l’armée prussienne de Frédéric II. Cette armée difficilement utilisable, mais alliée à l’armée française, fut en toute logique défaite par deux fois en 1757 : à Rossbach, alors qu'elle était sous le commandement du maréchal de Soubise, et à Leuthen, sous commandement autrichien.
Cela n’empêche toutefois pas aujourd’hui certains fonctionnaires européens de Bruxelles de réfléchir à ce que pourrait être une armée européenne unifiée (même uniforme, une langue unique de commandement, une école de guerre commune et surtout un même cérémonial*). L’Autriche-Hongrie des Habsbourg, que semblent regretter aujourd’hui nombre d’Européens de l’Est, anciens sujets de leurs majestés impériales et royales, pourrait ainsi constituer une référence militaire à la future armée européenne. La langue de commandement ne serait peut-être plus l’allemand, mais encore l’anglais et les généraux en chef ne seraient plus américains, mais soit allemands ou de nationalité tournante, comme actuellement à l’état-major européen situé à Bruxelles et comme cela serait envisagé pour un Conseil de Sécurité européen.
Et la France, dans tout ça ?
Alors, mis à part sa force de dissuasion et ses quelques forces de souveraineté, que resterait-il dans ce cadre de l’armée française ? De qui dépendraient aussi nos forces de dissuasion nucléaire ? De ce Conseil de sécurité européen envisagé par M. Kubilius ? On attend avec impatience qu'Emmanuel Macron prononce son discours sur la dissuasion nucléaire qu'il avait promis pour ce début d'année...
* Lire, à ce sujet, Das Habsburgerreich – Inspiration für Europa? Eine Spurensuche – Éditions Böhlen à Vienne et à Cologne – traduit du néerlandais en 2022 par Leopold Decloedt, de Caroline de Gruyter (essayiste néerlandaise ayant vécu à Vienne et proche des institutions européennes)
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50 commentaires
Macron , comme tout le monde sait est
soldat 2eme classe de réserve du 1er régiment des trouillards Parachutés
donne des leçons aux généraux
on voit le résultat !
La France! Quelle armée?
je ne me battrais pas pour autre pays que ma patrie
Souvenons nous que la CED, ou Communauté Européenne de Défense avait fait l’objet d’un projet bien abouti, entre 1950 et 1954, sous l’égide l’OTAN, béni par les USA, adopté par l’Allemagne de l’Ouest, le BENELUX, mais rejeté en 1954 par le Parlement Français, par 319 voix contre 264 voix pour. Le vote des députés Gaullistes et des Communistes avait été déterminant pour rejeter cet acte qui s’inscrivait dans une vision pleinement fédéraliste, défendue notamment par le MRP et portée par l’incontournable Jean Monnet. Cette ambition fédéralise ainsi déçue allait déboucher, faute de mieux, sur les traités de 1957 instituant le Marché Commun. Les fédéralistes n’ont rien oublié de la portée d’une CED, de sa signification et de son impact en matière d’intégration fédérale des états Européens.
Une armée européenne dirigée par les allemand nous n’en voulons toujours pas. L’Europe a failli depuis 1990. Elle a désarmé alors que toute le monde réarmait. Il faudrait cinquante ans pour équiper une armée avec des matériels identiques pour chaque nations et se démarquer des deux grands fournisseurs que sont les USA et la Russie. On voit ce que cela à donné depuis 60 ans au niveau de la coopération ce qui laisse envisager encore de belles empoignades alors que le temps presse. Vite Frexit et basta.
L’U.E avait un magnifique rôle à jouer : celui de construire l’Armée du Feu, celle des pompiers et de la protection civile. Notamment les Pays autour de la Méditerranée, dont la France et pourquoi pas d’autres, auraient sans doute apprécié de compter sur l’aide rapide et efficace d’une armée forte en serveurs et matériels divers. Mais non, ces Messieurs et Dame…ont préféré s’entradmirer et signer des incongruités telles le Mercosur. Alors, quid d’une armée, militaire, européenne ? Il y faudrait la volonté, les moyens et trouver son ou ses leaders. N’y pensons pas avant plusieurs décennies….et d’ici-là…?
la France doit garder son armée indépendante
Une armée européenne ne pourrait être qu’un OTAN réduit qui devrait être en mesure d’intégrer des armées nationales et de les placer sous un commandement unique. Ce conditionnel, s’il veut se réaliser, suppose de s’interroger sur le devenir de notre dissuasion nucléaire, l’intégration des forces armée grecques et turques (si ce pays intègre l’Europe), alors que l’on sait l’hostilité de deux pays.
Alors que la France est le seul pays européen à pouvoir construire un porte-avions, des sous-marins, des avions de combat, de l’artillerie, est-elle prête a céder sa technologie pour constituer un outil européen d’armement ?
Faut-il faire une Europe de la défense, ou plutôt penser à la défense de l’Europe ? Selon que l’on va d’un côté ou de l’autre l’indépendance de nos armées et donc de notre souveraineté militaire sera comprise ou assurée.