200.000 euros contre CNews : l’Arcom met la vérité à l’amende

Des propos interdits, des amendes qui s’accumulent et un régulateur à l'affut : l’étau se resserre autour de CNews.
Capture d'écran CNews.
Capture d'écran CNews.

Dire des évidences peut désormais vous coûter 200.000 euros. C’est le montant de l’amende infligée par l’Arcom à CNews pour deux séquences diffusées en 2025 et jugées « de nature à inciter à la haine » et à encourager des « comportements discriminatoires ». La chaîne du groupe Canal+ a immédiatement annoncé qu’elle contesterait cette décision devant le Conseil d’État.
La première séquence, diffusée le 2 juin 2025, portait sur les violences commises après la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions. Erik Tegnér, fondateur du média Frontières et chroniqueur sur CNews, avait relié ces débordements à l’immigration et évoqué un problème « civilisationnel ». Une vidéo d’Éric Zemmour, dans laquelle le président de Reconquête mettait en cause des « enfants de l’immigration arabo-musulmane », avait également été diffusée.

La seconde émission incriminée concernait une élue voilée de Molenbeek-Saint-Jean, en Belgique, qui avait invité ses opposants à « dégager ». Sur le plateau, Erik Tegnér avait parlé de « Grand Remplacement », de « contre-colonisation » et présenté l’islam comme une « religion de conquête ». Pour l’Arcom, ces déclarations véhiculent une représentation inquiétante des populations musulmanes ou issues de l’immigration, sans contradiction suffisante de la part du présentateur…

Un déluge de sanctions

Au-delà du débat sur les propos eux-mêmes – qui relèvent de vérités factuelles, sinon du simple bon sens –, c’est le montant de l’amende qui impressionne. Il s’explique notamment par la récidive retenue contre CNews, déjà sanctionnée à plusieurs reprises pour des prétextes similaires. En février 2026, la chaîne avait ainsi reçu deux amendes, l’une de 75.000 euros pour des propos portant sur les Palestiniens, l’autre de 25.000 euros pour une séquence concernant les Algériens. Quelques jours plus tard, l’Arcom mettait également CNews en demeure pour son traitement du meurtre de Thomas à Crépol, jugé trop « univoque ». En juin, une nouvelle mise en demeure lui ordonnait de mieux respecter « l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion »

Pluralisme, honnêteté de l’information, maîtrise de l’antenne, angle éditorial : les motifs changent, mais la cible reste la même. Le décompte dressé par nos confrères du Monde, en juin dernier, donne la mesure du phénomène. Depuis 2017, année de naissance de CNews sur les cendres d’iTélé, la chaîne a subi près de 60 interventions du CSA puis de l’Arcom : 30 interventions simples, 13 mises en garde, sept mises en demeure et dix sanctions pécuniaires. Le montant cumulé des amendes atteignait alors 630.000 euros. La dernière décision devrait donc porter l’addition à la somme rondelette de 830.000 euros. En novembre 2025, l’émission à charge Complément d’enquête reconnaissait déjà que les huit sanctions financières prononcées depuis 2017 contre les chaînes d’information en continu avaient toutes frappé CNews. Depuis, la série s’est poursuivie. Là où France Info, BFM TV ou LCI récoltent le plus souvent des observations ou de petits avertissements sans conséquence, la chaîne du groupe Bolloré, elle, passe à la caisse.

Un objectif d’autocensure ?

Rappelons que si l’Arcom est officiellement une autorité publique indépendante, son président, Martin Ajdari, n’en est pas moins un homme engagé politiquement, passé par plusieurs cabinets de ministres de gauche : Laurent Fabius et Florence Parly entre 2000 et 2002, puis Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin en 2014. Un parcours qui interroge quant à la neutralité de cet homme dont l’institution traque avec tant de constance les supposés déséquilibres idéologiques de CNews. D’autant que la chaîne privée est aujourd’hui la seule à accorder une place importante aux préoccupations liées à l’immigration, à l’insécurité ou à l’islamisation. Serait-ce précisément cela qui lui est reproché ?
Comme l’a souligné le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, les sanctions à répétition visant CNews auront pour conséquence prévisible d’installer une forme de censure préventive. Pour éviter tout risque de condamnation, les médias seront très probablement tentés d’écarter certains invités, d’abandonner des sujets trop sensibles ou d’exiger de leurs chroniqueurs une parole toujours plus creuse.

Il ne s’agit plus alors de sanctionner une infraction pénale établie par un tribunal mais d’imposer aux médias d’anticiper le jugement d’une autorité administrative. C’est peut-être là le véritable objectif de cet acharnement. Non pas faire fermer CNews, ce qui provoquerait un certain émoi, mais amener l’ensemble du PAF à l’autocensure. À moins d’un an de la présidentielle, le message est clair : toutes les opinions pourront s’exprimer, mais certaines coûteront plus cher que d’autres.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

87 commentaires

  1. L’Arcom est une des polices politiques de la macronie et rien d’autre mais bien en accord avec la médiocrité de ce régime et de son chef inepte et inapte!

  2. Il est bien évident que sous couvert de neutralité, l’ARCOM n’est qu’une courroie de transmission du pouvoir en place.
    Si certains pouvaient lui donner quelque crédit, maintenant les choses sont au moins claires pour tout le monde.
    Ces officines de contrôle sont légions en France et il va falloir beaucoup de patience et d’intelligence car je pense qu’il ne s’agit que du début des hostilités.
    Le pouvoir se sait en danger et va faire jouer toutes ses forces de nuisances.
    Les coups tordus vont se multiplier d’ici 2027…

  3. Lors de la Présidentielle, je voterai pour le candidat ou candidate qui mettra la suppression de l’ ARCOM à son programme.

  4. Arcom : autre nom de la Pravda ?
    Dans un an à peine, les Français voteront : il faut donc leur bourrer le crâne et leur expliquer que ce qu’ils voient chaque jour n’est pas réel

    • Lisez la Pravda. Vous verrez que toutes les tendances politiques y sont relatées, même celles contre Le gouvernement Russe! Et ce, sans censure!

  5. Evidemment que CNews dérange comme toutes les autres chaînes de réinformation. Grâce à leur acharnement, ils gagnent de tous les côtés : argent, autocensure de la chaîne elle-même (franchement, CNews, ce n’est plus ce que c’était !) et autocensure de toutes les autres qui n’osent plus bouger une oreille. 100 % bénef ! Quant au contre-pouvoir, comme d’hab, que des yakafokon.

  6. CNEWS est en mode vacances, les vedettes de la chaine sont parties pour 6 semaines de repos bien méritées après une année compliquée avec (entre autres) des attaques de toutes parts qui font craindre une fermeture possible de ce média indispensable à notre information.
    Les remplaçants font un très bon boulot :
    – en ne coupant pas grossièrement la parole (pour dire une platitude)
    – en respectant leurs invités (en leur donnant la parole et en s’adressant à eux),
    – en respectant aussi le client (évitant de les prendre pour des demeurés, même si c’est une habitude en macronie !)
    – en élevant pas la voix quand ils se retrouvent difficultés
    – en ne monopolisant pas la parole
    – en étant respectueux avec les dames
    – en ne donnant pas leur avis en permanence
    Les meilleurs se reconnaîtront, les moins bons, c’est moins sûre !
    L’année 2026-2027 va être crucial en ce qui concerne les audiences et BFM, qui est en embuscade avec des transfuges d’autre média dont CNEWS, pourrait bien rebattre les cartes.
    CNEWS et ses dirigeants devraient admettre (enfin) que l’émission phare de la chaine tient par la qualité des invités essentiellement : à bon entendeur, salut !

  7. L’ARCOM devrait être condamnée pour injure envers ceux qui regardent CNews !
    Pas besoin de cette chaîne pour voir et juger que ce pays a basculé dans la violence, l’insécurité, bref : est devenu invivable ! Ceux qui disent le contraire sont aveugles, sourds, mais surtout traîtres à leur Patrie !!!

  8. Cet acharnement judiciaire contre CNews démontre que cette chaîne dérange le discours officiel du « « Tout va très bien madame la marquise »
    L’ARCOM démontre que c’est une autorité de Censure et certainement pas un régulateur comme elle se prétend être.
    Elle ose convertir arbitrairement les opinions en délits avec amendes à l’appui pour sans doute améliorer ses fins de mois et s’autofinancer …
    J’attends la même sévérité pour le service public…qui ne viendra pas!
    Nous avons désormais en France un Ministère de la Vérité qui s’appelle l’ARCOM et la déviance idéologique de ses membres ne trompe personne.
    Une seule réponse: pour restaurer la Liberté d’Expression en France, il faut censurer (supprimer) l’ARCOM!

  9. Honnêteté de l’information qui dérange l’arcom. Si on parlait un peu de l’honnêteté de l’arcom guidée par cette gauche malfaisante?

  10. L’ARCOM est un des nombreux appendices du PS (tendance LFI) et devrait être dissoute. Elle ne régule pas les médias mais entend définir la Vérité Officielle.

  11. Je voterai pour le candidat ou la candidate qui reverra la constitution et les membres nommés par Macron au conseil d’état et au conseil constitutionnel, et tant qu’à faire, qui supprimera l’ADEME;

  12. Et ce n’est que le début ! A moins que ce soit un macrono-compatible qui soit élu en 2027 (ce qui semble peu probable à l’heure actuelle), on peut s’attendre au pire pour le futur élu, surtout s’il est de droite, avec toutes les bombes à retardement que M. Macron a semées partout au fil des récentes nominations auxquelles il a procédé.

  13. SOUMISSION

    L’article explicite clairement que le but recherché est, sans employer le mot, la soumission.
    Soumission à Macron? Soumission à la gauche ? Soumission à l’UE?

    Quoi qu’il en soit le mot « soumission » est la traduction du mot « Islam ».

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