Paul Reynaud ayant donné sa démission, Charles de Gaulle n’est plus sous-secrétaire d’État à la Guerre. Le 16 juin au soir, il est à Bordeaux, toujours en possession de l’avion que Churchill lui a prêté. Comme le lui a indiqué Paul Reynaud, il peut, jusqu’à la passation des pouvoirs prévue le lendemain 17 juin, disposer d’une partie des fonds secrets de son ministère. Il décide de mettre le cap sur Londres, avec 100.000 francs en poche[1]. Parti de Bordeaux-Mérignac le 17 juin au matin avec quelques-uns de ses proches collaborateurs, dont son officier d’ordonnance Geoffroy de Courcel (1912-1992), il atterrit sur l’aéroport londonien de Heston vers 12h30. Il rencontre le Premier ministre Churchill et lui expose ses intentions qui tiennent en peu de mots : « Hisser les couleurs » en s’adressant aux Français par l’entremise de la radio. Churchill accepte que les micros de la BBC lui soient ouverts. Mais pas avant que le nouveau gouvernement n’ait demandé l’armistice[2]. Or Pétain a déjà fait sa déclaration mais ni De Gaulle ni Geoffroy de Courcel n’en ont eu connaissance. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que l’allocution de Pétain parviendra jusqu’en Angleterre. Un dîner au domicile londonien de Jean Monnet auquel participe René Pleven (1901-1993) conforte le choix du général de Gaulle même si Jean Monnet reste perplexe : « J’ai combattu dans la dernière guerre sous les ordres de Pétain. Ne détruisez pas sa légende (…) Certes, il sera bon que vous lanciez un appel, mais il est encore trop tôt, attendez (…) »[3].

De Gaulle et Courcel rentrent se coucher à Seymour Place et le 18 juin au matin, Courcel traduit à haute voix au Général qui ne parle pas l’anglais, les principaux articles du Times. Le journal donne le texte de l’appel de Pétain prononcé la veille : « Puisqu’on ne se bat plus, déclare de Gaulle, je n’ai plus de raison d’attendre. Je lance mon appel. » Il s’attable à son bureau et commence à écrire. Mais Courcel va avoir besoin de faire taper ce texte. Il demande à une amie d’enfance, Elisabeth de Méribel (1915-2005) qui avouera plus tard « taper fort mal » à la machine à écrire[4]. Installée dans une chambre, elle tente de recopier les feuilles manuscrites qu’elle a sous les yeux, surchargées de ratures et qui sont difficiles à déchiffrer.

Pendant ce temps, la demande de Charles de Gaulle d’intervenir à la BBC est examinée par le cabinet de guerre au 10 Downing Street, mais hors la présence de Churchill occupé à rédiger son discours devant les Communes. Le cabinet déclare « undesirable », c’est-à-dire, « pas souhaitable » que de Gaulle s’exprime sur les ondes de la radio nationale britannique. Froissé que le cabinet contrevienne à la décision qu’il avait prise la veille, Churchill,  missionne son conseiller personnel Edward Spears. A charge pour lui de convaincre, un à un, chacun des membres du cabinet pour qu’ils donnent collectivement leur autorisation. C’est chose faite. La décision est communiquée au ministre de l’Information, Alfred Duff Cooper (1890-1954). De Gaulle peut se rendre au studio 4B de la BBC[5]. On lui demande de faire un essai voix. « La France », dit le général. L’émission peut commencer. Charles de Gaulle lance alors son appel, qui est finalement plus reproduit et lu, qu’entendu. Surtout les Anglais oublient d’enregistrer l’émission du 18 juin. Ce n’est que le 22 juin quand il lance une fois de plus son appel pour dénoncer « la capitulation » et « l’asservissement » du pays, qu’il sera enregistré. En demandant aux Français de poursuivre le combat, Charles de Gaulle écrit les premières pages de la France Libre.

 

 

Henri Saint-Amand

[1] Un peu plus de 4 millions d’euros actuels.

[2] Jean Lacouture – De Gaulle – Le Rebelle – page 366

[3] http://www.charles-de-gaulle.org/

[4] Ibid.

[5] Détruit lors d’un bombardement, il n’existe plus.

À lire aussi

2-4 septembre 1870 : la chute du Second Empire

Ce 2 septembre, Napoléon III devient alors le spectateur impuissant de sa propre déroute. …