Le 16 juin 1940 au matin, la France se réveille avec un gouvernement de combat. Le chef du gouvernement, Paul Reynaud, veut encore croire à un sursaut. Même le général Weygand qui, la veille, soufflait à ce même Reynaud que l’armistice était inévitable s’y oppose totalement. est parti la veille, d’abord en voiture jusqu’à Brest, puis à bord du contre-torpilleur Milan jusqu’en Angleterre pour rencontrer Churchill. À Londres, Jean Monnet (1888-1979) demande à rencontrer de Gaulle, qui loge à Hyde Park. Lors de leur échange, Monnet lui propose une idée à la fois saugrenue et ambitieuse : fusionner la France et le Royaume-Uni, les deux pays n’en faisant alors plus qu’un, avec des institutions communes, un seul gouvernement, une seule armée, une seule nationalité. L’idée ne plaît guère à Churchill, mais sous la pression de Charles de Gaulle, il finit par accepter le projet, « car il faut tenir », dit le Premier ministre anglais à son homologue français au téléphone. « Reynaud était transfiguré », note le général Edward Spears (1886-1974), officier de liaison, représentant personnel de Churchill en France et témoin direct de la scène.

À 17 heures, un Conseil des ministres réunit les 24 membres du gouvernement présents. De Gaulle n’y assiste pas, car il est toujours à Londres, d’où il repart à 18 h 30 dans un avion prêté par Churchill. Les ministres vont devoir répondre à deux questions : pour ou contre l’union avec le Royaume-Uni ? Pour ou contre l’armistice ?

Quand Paul Reynaud fait état du projet d’union franco-britannique ratifié par le cabinet de Sa Majesté, les visages se crispent. Le maréchal Pétain, vice-président du Conseil, lâche : « C’est un mariage avec un cadavre. » Aucun des ministres présents n’entend que la France devienne un Dominion britannique. Le ministre d’État, Jean Ybarnégaray (1883-1956), aurait même lâché : « Plutôt devenir une province nazie, au moins nous saurions ce qui nous attend. » Ce à quoi Paul Reynaud aurait répondu : « Je préfère collaborer avec mes amis qu’avec mes ennemis… »

Pour Paul Reynaud, c’est la douche froide qui se transforme en douche écossaise quand Camille Chautemps (1885-1963), vice-président du Conseil, lui demande quelles sont les conditions que l’ennemi accepterait pour discuter d’un armistice, sans exclure pour autant de se replier à Alger et d’y poursuivre le combat.

En son for intérieur, Reynaud sait qu’il a perdu la partie. Même si aucun vote ne vient confirmer son analyse, il sait que le Conseil des ministres est divisé en trois camps : celui des combattants-résistants, celui des liquidateurs, celui des hésitants qui, chaque heure passant, se rangent dans le deuxième camp… Comment gouverner quand les deux vice-présidents pensent déjà à l’armistice.

À 20 heures, Paul Reynaud présente sa démission au président de la République, Albert Lebrun, et la confirme pendant la suspension de séance d’un ultime Conseil des ministres. Lebrun, qui l’avait refusée trois jours plus tôt, l’accepte. Quand il atterrit à Mérignac, le 16 juin à 22 h 00, Charles de Gaulle apprend par son chef de cabinet militaire, le colonel Humbert, qu’il n’est plus membre du gouvernement. Lebrun a nommé le maréchal Pétain nouveau président du Conseil. À 22 h 30, ce dernier sort de sa poche la liste de son gouvernement, en très grande majorité favorable à l’armistice : Pierre Laval devient ministre des Affaires étrangères, le général Weygand ministre de la Défense, l’amiral Darlan ministre de la Marine… Robert Schuman (1886-1963), sans être consulté, est reconduit à son poste de sous-secrétaire d’État aux Réfugiés. Il ne siégera pas et donnera sa démission quelques jours plus tard.

À 23 h 00, Philippe Pétain charge son ministre des Affaires étrangères, Paul Baudoin (1894-1964), de contacter les Allemands et les Italiens pour entamer les négociations en vue d’une cessation des combats.

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