Editoriaux - International - 12 août 2018

Venezuela : un chaos migratoire sans précédent

Depuis plus d’un an, confrontés à un véritable désastre économique et social, des centaines de milliers de Vénézuéliens fuient leur pays, créant ainsi une vague migratoire sans précédent dans l’histoire du continent latino-américain, qui devient un véritable problème régional.

Malgré le renforcement des « contrôles migratoires » aux 2.000 kilomètres de frontières communes avec le Venezuela, malgré le déploiement de 2.120 membres supplémentaires des forces de l’ordre à ces frontières, l’agence colombienne en charge de l’immigration, Migración Colombia, vient d’annoncer que, selon un recensement effectué auprès de 413 des 1.200 municipalités colombiennes, plus de 800.000 Vénézuéliens sont entrés depuis seize mois dans le pays, dont seulement 442.462 bénéficiant d’un permis de séjour.

Des chiffres sans aucun doute en deçà de la réalité, puisqu’on vient d’apprendre que, depuis début 2018, plus d’un demi-million (542.000, exactement) de Vénézuéliens sont entrés en Équateur par les frontières colombiennes, à un rythme de 3.000 personnes par jour. Des chiffres considérables pour ce pays de seize millions d’habitants qui a déclaré, la semaine dernière, l’état d’urgence dans les deux provinces qui jouxtent les frontières colombiennes mais aussi dans celles au sud, en particulier la province d’El Oro, qui ont une frontière avec le Pérou que certains Vénézuéliens souhaitent gagner. Une intensité migratoire qui s’est probablement accrue par crainte d’une prochaine et possible fermeture des frontières colombiennes avec la prise de fonction le 7 août 2018 d’Iván Duque, le nouveau président colombien, et compte tenu des tensions créées à la suite de « l’attentat » contre Nicolás Maduro.

Mêmes maux et mêmes problèmes à des milliers de kilomètres plus à l’est, où le Brésil tire lui aussi la sonnette d’alarme. Dans l’État du Roraima qui jouxte au nord-est la frontière avec le Venezuela, le flux quotidien des allers-retours lié au ravitaillement de produits de première nécessité a été remplacé maintenant par un flux migratoire : plus de 20 000 Vénézuéliens ont déposé depuis un an une demande de visas. Des chiffres également à relativiser car certains ne font aucune demande de peur d’être refoulés. A Boa Vista, la ville la plus importante de cet Etat et la plus proche de la frontière vénézuélienne, c’est plus de 40 000 Vénézuéliens sur une population de 240 000 habitants qui se sont installés dans des conditions précaires et le plus souvent insalubres avec nombre de tensions entre les communautés.

Si l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir avait fait partir au fil des années les personnes les plus fortunées du pays, le flux actuel touche toutes les classes sociales, des jeunes diplômés qui veulent construire une vie ailleurs faute de perspectives encourageantes aux familles les plus modestes qui n’ont plus les moyens de s’alimenter avec la flambée des prix ( une inflation de 1 000 000 % prévue en 2018 !).

Un chaos migratoire qui n’est que le reflet du chaos politique, économique, social et sanitaire dans lequel est maintenant plongé ce pays.

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