Editoriaux - Polémiques - 2 juillet 2018

« Touche pas à mon Breton », ou les dérives de la droite victimaire

Il semblerait que Macron ait à nouveau dérapé, en déversant son mépris sur la vraie et pauvre France : la France périphérique, la France d’en bas, la vaincue de la mondialisation.

« Les Bretons, c’est la mafia française. » Petite phrase soi-disant abjecte, qui a aussitôt fait monter au créneau tous les Cervantès de la droite victimaire.

Car l’absence d’humour n’excuse pas tout. Une partie de la droite est effectivement gangrenée par une forme d’antiracisme autovictimaire : « Touche pas à mon Breton ! » Soit pire que l’esthétique de la décadence, cette jouissance nihiliste à voir sombrer le navire Occident, qui rend certains si prolixes dans leur description du naufrage en cours.

Nombreux sont les monopoles que nous devons ravir aux libéraux-libertaires : le progrès, l’écologie, voire un certain goût pour l’utopie et nos lendemains qui chantent. Mais la complainte victimaire n’est pas de ceux-là.

C’est à croire que l’horizon idéologique de la droite est à ce point obstrué que sa grande cause ne se limite plus qu’à la défense du « petit Blanc », cet « indigène de la République », ce citoyen de seconde zone, privé de droits et de dignité, et parqué dans des réserves périphériques.

Ces Indignés de droite argueront qu’ils ne font que retourner contre leurs adversaires leur propre stratégie victimaire – la seule payante. Or, la fin ne justifie pas tous les moyens. Car la droite, c’est aussi une esthétique : non pas celle de la pleurniche, mais celle du panache.

Ce travers, on le retrouve dans l’obsession de la question identitaire. La réflexion sur qui nous sommes est certes essentielle, mais s’entêter à la poursuivre alors qu’elle est largement achevée relève d’un narcissisme qui confine à l’auto-victimisation : « Voyez ! Notre sort n’est pas différent de celui des Indiens d’Amérique », s’exclame-t-on chez les « néo-réacs ». « Nous ne serons bientôt plus qu’une minorité décimée sur notre propre sol, victimes d’un ethnocide d’autant plus abject qu’il est orchestré par une fraction des nôtres. »

Cessons d’ergoter sur notre identité, le général de Gaulle l’avait définie, peu ou prou, de cette façon là : un peuple de civilisation helléno-chrétienne et de race blanche, mâtiné de quelques « assimilés ».

Enfin, trop nombreux sont les gens de droite qui se complaisent dans le « on ne peut plus rien dire » – ne réalisant pas qu’ils viennent, par ailleurs, de le dire. Si les gauchistes jouent aux antifascistes de pacotille, les droitistes jouent parfois aux Soljenitsyne de salon, visant moins la victoire idéologique que la belle posture du résistant.

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