Féminisme

Tex n’est pas adoubé pour faire rire !

 

« On peut donc lui parler de son nez, maintenant ! », s’était soudain cru permis un des cadets de Cyrano après que ce dernier eut souffert sans broncher les moqueries de Christian sur son « pif » !

Bien mal lui en a pris : il se fit rosser sur le champ par le héros d’Edmond Rostand. Ce pauvre diable ne dut pas comprendre ce qui lui arrivait. Un jeune premier fraîchement débarqué de province se moquait du nez de Cyrano devant un parterre de témoins sans qu’il ne lui en coûte rien, mais voilà que lui se faisait corriger pour une légère incartade. La cause de cette injustice ? Il l’ignorait. En réalité, si les bravades de Christian ne furent pas châtiées, c’est qu’un serment d’honneur liait Cyrano à Roxane, celle-ci ayant imploré son cousin de veiller sur son nouvel amant arrivé le matin même au régiment des cadets de Gascogne.

Dernièrement, une injustice de même nature a attiré notre attention.

Dans le rôle de Christian ? Gaspard Proust, celui à qui tout est toujours pardonné, inspirant une bienveillance mystérieuse partout où il passe. Dans le rôle du cadet ? Tex, l’animateur populaire, rossé en place publique à cause d’une saillie qui aurait valu à Gaspard Proust les hourras de l’intelligentsia toujours admirative de son héroïsme humoristique. L’objet du scandale ?

« Les gars, vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? On ne lui dit plus rien, on vient déjà de lui expliquer deux fois ! » a lancé Tex dans une émission de C8 dont il était l’invité jeudi dernier.

Malaise immédiat sur la plateau de Julien Courbet, qui s’est très vite désolidarisé du pestiféré et de sa « blague clairement très douteuse ».

Tex cloué au pilori sur les réseaux sociaux.

L’affaire remonte jusqu’à Marlène Schiappa. Elle a annoncé avoir « adressé un signalement au CSA pour cette blague indigne qui banalise les violences conjugales ». Tex voué aux gémonies par les Furies de la traque misogyne. Mis en quarantaine. Dénoncé. Lâché. Tel est le destin de ceux qui n’ont pas su voir ce qui se tramait en coulisses, parmi la caste des élus.

Empruntant le sillage tracé par Gaspard Proust, Tex a commis une erreur. Celle de se croire son égal. Comme ils sont tous deux humoristes, peut-être s’était-il imaginé que le tsunami nihiliste de l’auteur de Nouveau Spectacle emporterait tout sur son passage, libérant une parole verrouillée dans le coffre des agélastes, ces ennemis du rire que Rabelais redoutait déjà. Mais c’était sans savoir que lui n’appartenait pas au sérail, celui des cyniques de salon et des bouffons de cour. Il y a des choses avec lesquelles on peut rire seulement si on a été adoubé par Laurent Ruquier et Thierry Ardisson. Lorsqu’on présente « Les Z’amours », on reste à sa place. Rire du Bataclan, des handicapés, des femmes, des gays n’est permis qu’à un ancien gestionnaire de fortunes devenu courtisan, ami de Frédéric Beigbeder, ayant ses entrées à Saint-Germain-des-Prés comme à France Inter, où d’ordinaire pourtant lesdits agélastes bannissent le rire de lèse-majesté. Quand on présente « Les Z’amours », on doit se cantonner à la petite beauferie tolérée par les grands fauves au petit peuple. Tex n’est pas un Rex : c’est un petit lézard qui doit laisser à Tyrannosaurus-Proust le festin royal.

Cette anecdote en dit long sur le climat actuel de tartuferie où le moindre calembour peut défaire un homme. Seul Gaspard Proust a reçu le permis de cynisme. Ses spectacles font salle comble. Lui a eu du nez : tirer les dividendes du rire comme d’une valeur en Bourse. Encore la loi du marché : l’offre est si rare, la demande si forte ! Il lui fallait juste quelques alliés puissants, seuls capables de délivrer les diplômes. Au fond, encore une histoire de courtisanerie.

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