Editoriaux - Société - 26 juillet 2018

Pendant l’affaire Benalla, les députés La République en marche se sont soudés pour… liquider le père

Dans le brouhaha de l’affaire Benalla, ses ramifications et ses rebondissements, parler d’un autre sujet, c’est prendre le risque d’être inaudible (et écrire, celui d’être illisible). Les petits soldats de l’armée en marche s’y emploient cependant, loyalement et laborieusement, et tentent digressions et diversions. Ils endossent, ainsi, la posture de ceux qui continueraient à se soucier de la chose publique quand des factieux sèment le trouble. Et, lundi 23 juillet, est tombée la prise de position du bureau exécutif du parti sur les questions de procréation qui seront débattues avec la loi de bioéthique. Ils sont pour la procréation médicalement assistée ouverte aux femmes seules ou en couple, remboursée par la Sécurité sociale, l’établissement d’une filiation a priori pour les couples de femmes, l’auto-conservation des ovocytes. Ils souhaitent, en outre, préserver la gratuité du don de gamètes, mais aussi rompre avec l’anonymat si le donneur accepte d’y renoncer. La gestation pour autrui n’est simplement pas d’actualité, le député en charge Thomas Mesnier affirmant n’y être pas opposé.

Rappel à l’ordre des godillots rétifs qui sont priés de faire taire leurs états d’âme ? Transparence à la mode En marche ? Il n’est pas fait état des diverses réticences ou oppositions internes au jeune parti sur ce sujet hautement clivant, comme si ces dissensions n’existaient plus. Pour mémoire, seuls 47 députés sur les 309 que compte le groupe avaient signé la récente tribune dans Libération et certaines voix, comme celle d’Agnès Thill, s’étaient élevées pour rompre un unanimisme de façade.

Les officines LGBT approuvent, bien évidemment, mais doutent aussi un peu de ce volontarisme qui n’est peut-être, lui aussi, que de façade, face au calendrier fuyant du gouvernement. Le député Chiche et son côté hussard n’était pas pour leur déplaire. Elles devront patienter et se contenter des timides affirmations d’Agnès Buzyn sur RTL le 25 juillet, jugeant peu probable que les conclusions du gouvernement qui sont annoncées à l’automne diffèrent de celle du parti.

Nul ne s’en étonnera. Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, avant même cette annonce, prédisait sur les écrans d’Atlantico une mobilisation massive de ses troupes, et même au-delà, contre la PMA sans père si une telle loi devait être inscrite au calendrier législatif. Le père n’est pas ce pourvoyeur de gamètes, inutile sitôt effectuée la fécondation. Il a un rôle essentiel et différent dans l’éducation de l’enfant. L’élargissement de la PMA conduira, selon toute vraisemblance, à l’eugénisme et à la pénurie de sperme. D’aucuns seront, dès lors, tentés de faire sauter le verrou de l’indisponibilité du corps humain pour rémunérer ce qui ne sera plus un don. Confortée par la réussite des États généraux de la bioéthique désertés par un « camp du progrès » en mal d’arguments, elle affirme que l’opinion des Français n’est pas prête à accepter que l’on prive délibérément de père un enfant à naître. En outre, la médecine n’a pas à devenir simple prestataire de service reproductif. Les arguments sont rodés et s’enchaînent dans une mécanique bien huilée.

Mais la probabilité reste élevée d’avoir à redescendre dans la rue pour défendre les enfants à naître contre l’amputation, volontaire et avec la complicité de l’État, de leur filiation.

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