3 avril 2018

Livre / La PMA, un enjeu de société, Aude Mirkovic

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Depuis l’épisode Schiappa au Salon du livre 1, on pourrait presque parodier Cyrano, parodiant lui-même « Pyrame en un sanglot » : Le voilà donc, celui qui du Salon du livre/ A détruit l’harmonie ! Il n’en rougit pas plus que ça, « le traître », et surtout il mérite que l’on aille au-delà du buzz.

Juriste de formation, Aude Mirkovic ne fait pas appel à l’émotion, ne sombre pas dans l’hystérie et ne diabolise pas ses adversaires. Autant de points qui l’éloignent, je suppose, de notre coruscante ministre de l’Égalité entre les femmes, les hommes et toute cette sorte de choses. Son livre n’est pas très épais, ne comporte ni photos couleur ni images à colorier, et va droit au but en posant une question simple : au-delà de tous les arguments de bon sens (qui n’est peut-être plus tout à fait la chose du monde la mieux partagée), la loi doit-elle organiser la privation de père pour contenter une minorité de gens dont les revendications ressemblent à des ordres ?

En décortiquant les dispositifs légaux, les jurisprudences, les effets ravageurs de cette amputation généalogique sur une génération de bébés conçus par PMA pour des raisons de confort, Aude Mirkovic ne se limite pas à l’aspect superficiel des choses. Elle va dans un luxe de détails pas toujours rassurants sur la nature humaine, ni particulièrement chics (mention spéciale à l’achat de stocks de sperme danois par la Belgique, dans un bon vieux rapport de l’offre et de la demande) ; elle se pose également des questions dont les réponses sont potentiellement apocalyptiques. Par exemple, la pression sociale deviendra-t-elle si forte que les parents préféreront collectivement sélectionner les embryons plutôt que de consentir à élever, au vu de tous et sachant que l’eugénisme est possible, des enfants trisomiques ou même myopes ? En d’autres termes, va-t-on vers un totalitarisme voulu par les individus, qui dépasserait de cent lieues celui dont rêvaient les dictatures du XXe siècle ? Par parenthèse, les réseaux sociaux, sur lesquels les « citoyens libres » passent des heures à renseigner l’État et les entreprises sur le moindre de leurs comportements, ne sont-ils pas la préfiguration de ce consentement collectif à l’esclavage de la technique ?

À la fin de son ouvrage, Aude Mirkovic, après avoir dynamité les principaux arguments (spécieux) destinés à justifier la PMA sans père, ouvre son argumentaire sur la GPA, qui en est la suite logique. Surtout, elle pose une question que l’on n’a guère entendue dans les médias : celle des droits de l’enfant. Pourtant aujourd’hui, l’enfant, c’est entendu et tous les parents modernes vous le diront, « a le droit » : à sa tablette à trois ans, à sa ration de frites tous les midis, à sa formation sur l’enfilage de capotes en cinquième, à une nouvelle paire de baskets tous les deux mois, à la libre disposition de ses soirées le plus tôt possible, à la familiarité la plus grossière avec ses parents ou ses profs, à ses dix heures de télé hebdomadaires (incluant son premier porno avant le brevet des collèges), à sa place dans l’université de son choix, etc. Mais a-t-il le droit d’avoir un père ? Est-ce toujours un droit intangible et universel que de « connaître ses parents et d’être élevés par eux », ainsi que le garantit l’article 7-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant ?

La question est ouverte et Aude Mirkovic y répond magistralement. Un livre solide et percutant, qui compile tout ce qu’il faut savoir sur ce projet mortifère (au lieu de verser dans l’hystérie, comme tant de ses défenseurs).

Notes:

  1. Lors du dernier Salon du livre, Aude Mirkovic a offert son livre à Mme Schiappa. Une photo fut prise à l’occasion. Le ministre s’est alors empressé de se justifier sur les réseaux sociaux en déclarant : « Si j’avais su ce qu’était ce livre je n’aurais bien sûr pas posé. Je ne la soutiens aucunement. » L’Obs, qui veille au grain, consacra le 22 mars dernier un papier à cet « incident », publiant le tweet justificateur du ministre en concluant : « On n’en attendait pas moins. » De L’Obs, on n’en attendait pas moins.
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