Les armées paieront-elles la note des gilets jaunes ?

Le 3 décembre dernier, une semaine avant l’allocution du Président, le très bien renseigné sur la chose militaire, le journaliste Jean-Dominique Merchet, écrivait sur son blog Secret Défense que la réponse à la crise des gilets jaunes aurait un coût qui pourrait se répercuter sur le budget des armées, rappelant que « le tour de passe-passe sur le financement des OPEX dans le budget 2018 n’est sans doute qu’un petit avant-goût de ce qu’il pourrait advenir ».

Un tour de passe-passe décidé, le 7 novembre, en Conseil des ministres dans le cadre du projet de loi de finances rectificative 2018, qui a fait perdre 800 millions d’euros au ministère des Armées, comme l’avait expliqué alors La Tribune. Et lundi 10 décembre matin, quelques heures avant l’adresse du Président à la nation, Florence Parly, ministre des Armées, préparait le terrain sur Europe 1. La journaliste Audrey Crespo-Mara demande au ministre : « Les mesures annoncées par Emmanuel Macron vont coûter cher. Il va falloir trouver de l’argent. Le budget de l’armée pourrait-il être amputé pour aider à remplir le frigidaire des gilets jaunes ? » Réponse de Florence Parly : « Tous les ministres sont solidaires au sein d’un gouvernement et nous déciderons de la manière dont ces mesures auront vocation à être financées. Moi, je n’exclus rien et, évidemment, je suis parfaitement solidaire des décisions que le gouvernement prendra. » Il y a donc fort à parier qu’une fois de plus, selon une tradition désormais bien établie depuis quarante ans en France, le budget de la Défense servira de variable d’ajustement.

Le coût des mesures annoncées par le chef de l’État est estimé entre 8 et 10 milliards d’euros pour 2019, comme l’a déclaré Olivier Dussopt, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics. Il est évident que si les armées devaient contribuer à cet effort, cela se traduirait probablement par un retard dans le renouvellement de nouveaux matériels indispensables au maintien de notre capacité opérationnelle. Rappelons que nos soldats servent en opération extérieure, dans des situations particulièrement dangereuses, sur des véhicules qui ont parfois deux fois leur âge. Des matériels mis en service avant la naissance d’Emmanuel Macron ! Ce serait, aussi, prendre le risque de repousser bien au-delà de 2025 l’horizon du fameux 2 % du PIB consacré aux dépenses de défense et promis par le candidat Macron.

En tout cas, il est un « ministère » qui ne sera probablement pas mis à contribution. C’est celui de l’Union européenne. Ainsi, selon les données communiquées par le centre de documentation Economie-Finances du ministère de l’Action et des Comptes publics, la France contribuera, en 2019, à hauteur de 23,622 milliards d’euros au budget de l’Union, contre 22,009 milliards en 2018, soit une augmentation de plus d’1,6 milliard (+7,32 %)… En 2010, cette contribution était de 20,087 milliards. En huit ans, 17,59 % d’augmentation ! Sachant que, bon an mal an, la contribution nette de la France a été de 6 à 8 milliards, nous laissons au lecteur le soin de faire le calcul…

Sur un tout autre registre, et pour des chiffres, certes, plus modestes, l’aide médicale d’État, destinée aux étrangers en situation irrégulière résidant en France depuis plus de trois mois, devrait augmenter de 53 millions en 2019, soit une augmentation de 5,9 % par rapport à 2018. Et l’on pourrait évoquer le coût exponentiel, comme nous le faisions hier ici-même, des mineurs non accompagnés (2 milliards en 2019, contre 920 millions en 2017). Coût, certes, à la charge des départements, mais des départements qui vivent en partie de la dotation générale de fonctionnement allouée par l’État. Tout cela financé, in fine, par Bibi, c’est-à-dire non pas Emmanuel Macron mais le contribuable.

Mais il est vrai que tout est une question de priorité. Et s’il faut demander aux armées un effort de plus, on sait bien que l’on a peu de risque de voir défiler des militaires en gilets jaunes, colonne par douze, le 14 juillet sur les Champs-Élysées !

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