Un Franco-Tunisien pour remplacer le calife Al-Baghdadi ?

 

Un mois de juillet chargé pour ceux qui s’intéressent à l’actualité du Proche-Orient : les dernières poches du groupe État islamique dans Mossoul viennent de tomber et le « calife » autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi est probablement mort. Les services de renseignement tentent actuellement de prouver que les informations de l’OSDH (Observatoire syrien des droits de l’Homme) et de la chaîne Al-Sumaria sont justes.

Si tel est le cas, ce serait un revers stratégique pour l’organisation, réduite à peau de chagrin (moins de 5.000 hommes, contre 30.000 il y a trois ans) et ne contrôlant plus que quelques bourgades mineures, hormis encore la moitié de Raqqa. L’attraction d’Al-Baghdadi réside dans le fait qu’il est diplômé d’un doctorat en sciences islamiques, ce qui en impose aux jeunes musulmans qui, surtout en Europe, ne peuvent matériellement se lancer dans ce type d’études longues et coûteuses, car non prises en charge par les sociétés européennes. Le fait d’être irakien et, dit-on, descendant de la même tribu quraychite de Mahomet achève de poser l’homme devant les médiocres arabisants salafistes en France, compensant leurs lacunes en « sciences islamiques » par une panoplie vestimentaire.

La chaîne Al-Arabiya croit savoir que son successeur serait un de ses proches, Mohamed ben Salem al-Ayouni, renommé Jalaluddin al-Tunisi, son nom de guerre. Son profil inquiétant a de quoi interroger la France : né en 1982 en Tunisie, il obtient la nationalité française à la faveur de plusieurs années passées sur notre sol dans les années 90. Radicalisé, il rejoint – comme tant d’autres islamistes tunisiens alors réfugiés en France – la Tunisie en 2011 après la chute de Ben Ali. Il a certainement dû fréquenter les nombreux groupes salafistes, alors en odeur de sainteté après la prise de pouvoir par les Frères musulmans. C’est l’époque où des prédicateurs saoudiens viennent en Tunisie faire des tournées de mosquées, à l’instar d’Ahmad Al-Hâzimî, connu pour avoir l’excommunication facile, dont les prêches ont eu une influence certaine sur le départ de milliers de Tunisiens vers les groupes djihadistes salafistes en zone syro-irakienne.

En 2014, il rejoint avec des centaines de compatriotes l’État islamique à 33 ans, et obtient vite la confiance d’Al-Baghdadi, qui le nommera « émir » en Libye en 2016, après les défaites de l’organisation dans ce pays. C’est justement le ventre mou libyen, qui reste encore un refuge pour l’État islamique, qui est inquiétant pour l’Europe. D’une part, n’importe quel islamiste français peut s’acheter un billet d’avion pour Tripoli et y rencontrer des cadres de l’État islamique. Le retour vers l’Europe peut aussi se faire discrètement par les lignes mafieuses des embarcations de migrants récupérées prestement (contre rémunération ?) par les bateaux des ONG militantes aux financements douteux. Aussi, Al-Ayouni, maîtrisant le français, on imagine l’impact qu’auraient ses prises de parole filmées à destination d’un public francophone, l’aspect transgressif du visionnages des vidéos de l’État islamique ajoutant à l’excitation. Son jeune âge permet aussi une identification chez les plus impressionnables des salafistes trentenaires, qui forment les forces vives des associations cultuelles salafistes, à en croire la composition des bureaux de celles-ci et l’âge moyen des fidèles.

La défaite de Mossoul et la chute en cours de Raqqa ont été anticipées par l’État islamique, et l’on peut s’inquiéter des « revenants » dont le nombre ne peut que grossir en Europe.

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