Armées - Editoriaux - Histoire - 25 octobre 2018

Comme mon grand-père, ils furent 380.000 Alsaciens-Mosellans obligés de revêtir la tenue feldgrau

Alors que l’on se prépare un peu partout en France à célébrer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, je regarde une vieille photo un peu jaunie de mon grand-père en uniforme de… la garde impériale du Kaiser à Berlin, triste « privilège » que lui avaient valu alors sa grande taille et… l’abandon, après 1871, de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne.

Comme mon grand-père, devenus citoyens allemands, ils furent 380.000 Alsaciens-Mosellans obligés de revêtir la tenue feldgrau entre 1914 et 1918. Comme mon grand-père, décoré de la croix de fer à titre posthume, ils furent plusieurs milliers à tomber dans les tranchées sans qu’aucune cérémonie particulière, du moins à ce jour, ne vienne rappeler leur souvenir. Le 11 novembre, en cette année du centenaire, on le voit, ne sera pas vécu exactement de la même manière des deux côtés des Vosges.

Cent ans après la fin de la Grande Guerre, la France franchouillarde acceptera-t-elle de considérer que l’Alsace et la Moselle ont eu une histoire différente jusqu’en 1918 ? Laurent Furst, député LR du Bas-Rhin, a relancé le débat en suggérant à la secrétaire d’État aux Anciens Combattants de faire lire, le 11 novembre, un message spécifique à la mémoire des 50.000 Alsaciens-Lorrains morts sous l’uniforme de l’Empire allemand, « placés par les vicissitudes de l’Histoire entre deux patries et qui se battaient avec un uniforme allemand et un cœur français », comme l’avait formulé, il y a quelques années, Nicolas Sarkozy, alors président de la République.

« Moi, mon Macron, cell’ que j’préfère,/C’est la guerr’ de quatorz’-dix-huit ! » Son successeur à l’Élysée – que l’on attend en Alsace sur ce thème particulièrement sensible – aura peut-être à cœur de saluer la mémoire de ces laissés-pour-compte de l’Histoire officielle lorsqu’il ouvrira le calendrier des cérémonies de commémoration, le 4 novembre, à la cathédrale de Strasbourg, en compagnie de son homologue allemand.

Pour Jean-Marie Woehrling, président de Culture et bilinguisme, « rien ne s’oppose à un tel geste » qui s’inscrirait dans « la reconnaissance dont bénéficient d’autres catégories de Français, comme récemment les harkis ». « Tête de Français » pour les uns, « Prussien » pour les autres, pourquoi pas harki de la République, le caricaturiste Tomi Ungerer prend le parti d’en rire pour ne pas en pleurer : « Même s’il est préférable que nous soyons les Allemands de la France plutôt que les Français de l’Allemagne, nous n’en sommes pas moins stigmatisés, nous sommes les Ploucs am Rhein, jadis tout simplement des sales boches… » Et vous savez… ce qu’ils vous disent !

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