Editoriaux - International - 25 février 2019

Bouteflika : après lui, le chaos ?

« C’est moi ou le chaos », pourrait proclamer Abdelaziz Bouteflika. Mais la formule « Après moi le déluge » correspondrait mieux à la situation. À près de 82 ans, le président algérien vient d’indiquer dans une « Lettre à la nation » qu’il briguerait un cinquième mandat, lors de la présidentielle du 18 avril. C’est, du moins, ce que ses partisans lui font dire car, depuis son accident cérébral de 2013, il se déplace en fauteuil roulant et ne s’exprime plus en public. Le bruit court qu’il serait réélu avec son score habituel : plus de 80 % des voix ! Vendredi dernier, une foule, estimée à 100.000 personnes par la police a manifesté contre cette réélection annoncée. Dimanche, ils étaient moins nombreux, mais tout aussi déterminés. En vain : l’ordre règne à Alger.

Ses partisans ? Le Front de libération nationale (FLN) et, surtout, quelques dirigeants réunis autour de Saïd Bouteflika, le « jeune » frère du président (61 ans), pressenti comme dauphin en cas de besoin, et tous ceux qui défendent le statu quo pour continuer de concentrer entre leurs mains tous les pouvoirs. Abdelaziz Bouteflika est un vieux de la vieille : accusé par Pierre Messmer, qui voulait sans doute atténuer ses propres responsabilités, d’avoir planifié le massacre des harkis, ministre de Ben Bella, puis de Boumédiène, il connaît sa traversée du désert dans les années 1980, soupçonné de détournement de fonds, avant de revenir sur la scène et de se faire élire président, pour la première fois, en 1999.

Sa force ? Le clan qui le soutient, mais aussi sa capacité à éliminer tous les concurrents qui pourraient lui faire de l’ombre. En 1999, la totalité d’entre eux s’étaient retirés, en dénonçant à l’avance les fraudes. Il s’est toujours présenté comme un rempart contre toutes les dérives ou contre le chaos. Le sociologue Nacer Djabi, dans un entretien à RFI, déclare que « toute la classe politique a peur », ajoutant : « Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système rentier et les gens ont donc besoin de s’approcher de ce pouvoir pour avoir des postes, de l’argent, des privilèges, des statuts, des situations, etc. » Autre atout, la situation économique qui, bien que dégradée, dépend du prix du baril de pétrole et des exportations d’hydrocarbures. Beaucoup de produits sont subventionnés pour acheter la paix sociale et ne pas mécontenter la population.

Bref, le changement n’est pas pour demain, si la vieille génération continue de s’accrocher ainsi au pouvoir. Quand on voit ce qu’est devenue l’Algérie, on peut regretter qu’en 1962, alors que la rébellion du FLN était maîtrisée par l’armée française, la pression internationale, des calculs politiciens et une forme d’égoïsme aient conduit le gouvernement français à s’en débarrasser – avec toutes les conséquences tragiques que l’on connaît. Même si l’Algérie française peut apparaître aujourd’hui comme une utopie, une autre politique eût été possible, des accords de coopération, favorables à la fois aux Français et aux Algériens.

Mais l’État a préféré se coucher devant le FLN, provoquer l’exode des pieds-noirs, laisser faire le massacre des harkis, abandonner ses richesses énergétiques au Sahara. Jusqu’à notre Président qui, dans sa campagne, est allé en Algérie dénoncer la colonisation comme un « crime contre l’humanité ». Il paraît qu’il craint une déstabilisation profonde du pays, après la mort de Bouteflika : des centaines de milliers de jeunes pourraient tenter de rejoindre la France par tous les moyens. Sans compter une résurgence des djihadistes.

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