BHL, ou l’art du renvoi d’ascenseur

Écrire sur Bernard-Henri Lévy dans les colonnes de Boulevard Voltaire a ceci de pratique que le lecteur sait à l’avance que nous ne sommes pas vraiment acquis à sa cause.

Si Monsieur Lévy nous a largement démontré que l’ampleur de son savoir et de son omniscience se sentait à l’étroit dans l’Hexagone, il lui manquait la preuve de l’intérêt du public pour sa prose éclairée. C’est désormais chose faite. Las, le philosophe se produisait sur les planches londoniennes pour démonter consciencieusement le Brexit et rappeler aux Anglais que le vote est un droit trop sérieux pour le donner à n’importe qui. Les optimistes répondront qu’une pièce de théâtre est tout de même moins létale qu’une intervention militaire et que le citoyen britannique est moins à plaindre que ses homologues libyens, syriens ou autres malchanceux contradicteurs passifs du philosophe béat.

Le Serment de Tobrouk, Peshmerga, La Bataille de Mossoul… autant de théâtres où il s’est mis en scène, autant de documentaires à sa gloire où les véritables acteurs sont relégués au rang de figurants. La malédiction qui le poursuit a été intraitable : chacune de ses productions s’est révélée être un véritable four, cela, malgré une couverture médiatique plus que complaisante. Et c’est sur celle-ci que nous allons nous pencher au sujet de sa dernière trouvaille.

Pour Last Exit before Brexit, nous sommes tombé sur trois retombées presse. En premier, nous pouvons citer Le Monde, et là, le lecteur de Boulevard Voltaire serait en droit de s’attendre au pire, et pourtant… Rédigée par Philippe Bernard, correspondant à Londres, la critique s’est révélée hautement piquante : « Son égocentrisme, ses outrances et ses raccourcis affaiblissent son hymne à l’Europe. Réduire Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste, à son supposé « antisémitisme » ne brille pas par subtilité sur la réalité sociale du Royaume-Uni actuel. […] Et la supplique pour stopper le Brexit lancée tranquillement au cœur de Chelsea fait penser à ce que pourrait être un meeting antiraciste en plein Saint-Germain-des-Prés. »

Hormis Le Monde, BHL a pu compter sur les retours dithyrambiques de Baptiste Rossi (Le Point) et Benjamin Locoge (Paris Match) : « Il est brillant, il le sait, il s’amuse » pour l’un, « On ressort convaincu d’avoir assisté à une véritable “once in a lifetime performance” » pour l’autre. Ces panégyriques sont à lire, ne serait-ce que pour la véritable raison qui a poussé à les écrire. Car on est en droit de se demander comment deux journalistes a priori normalement constitués peuvent être à ce point subjugués. La réalité est bien prosaïque : Benjamin Locoge et Baptiste Rossi écrivent tous les deux pour La Règle du jeu, le blog de… Bernard-Henri Lévy.

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