Document - Editoriaux - Politique - Société - Table - 8 juin 2018

Les adolescents de plus en plus accros au porno !

Il est bien loin, le temps où les adolescents mâles s’enfermaient dans leur chambre comme des voleurs pour y feuilleter les pages lingerie du catalogue des 3 Suisses… Et que dire de nous, jeunes oies blanches qui ignorions tout de l’anatomie masculine et des « choses de l’amour »… Cinquante ans de révolution sexuelle et, surtout, de révolution numérique sont passés par là, avec un résultat qui, aujourd’hui, plonge les adultes dans l’angoisse.

Ce vendredi est en effet remise au parlementaires une vaste enquête réalisée par la Fondation pour l’innovation politique, le Fonds actions addictions et la fondation Gabriel-Péri qui porte sur les jeunes et leurs addictions : alcool, tabac, cannabis, écrans et… porno.

On parle bien, ici, d’addiction : « une consommation qu’on ne peut plus maîtriser ». Autrement dit une pathologie, puisqu’elle entraîne des désordres physiques et psychiques et, s’agissant du porno, « une représentation faussée des rapports sexuels ».

Dominique Reynié, président de la Fondation pour l’innovation politique, dresse dans Le Parisien un tableau pour le moins inquiétant : « Chez les 14-15 ans, 8 % regardent du porno plusieurs fois par jour, dont 5 % de filles. Ils font leur apprentissage de la sexualité dans les pires conditions », dit-il. « Il ne s’agit pas de jouer les pères la pudeur, de faire paniquer les parents ou culpabiliser les ados qui consultent ces sites ponctuellement », assurent les rapporteurs, mais bien d’alarmer sur un fait de société inquiétant, sachant que « des millions de contenus sont aujourd’hui à disposition de façon permanente, sans restriction d’âge et sans aucune forme de contrôle. Plus grave encore : on assiste à une escalade dans la diffusion de pratiques de plus en plus extrêmes. »

Il ressort également de cette enquête que plus on appartient à un milieu défavorisé, plus on a de risques de sombrer dans l’addiction, quelle qu’en soit la nature.

Le danger du porno, donc. Oui, mais bien plus encore : la mise en évidence de la chosification des rapports humains, de la dislocation des liens, des ravages de l’ignorance et du mépris d’autrui. L’addiction au porno n’est qu’un pan de cette déstructuration qui marque notre temps, un élément parmi d’autres.

Dans un passionnant documentaire sur les robots humanoïdes et ce qu’ils nous réservent dans le tout proche avenir, on apprend qu’au Japon, 70 % des 18/34 ans n’ont aujourd’hui aucune relation intime dans leur vie, parfois même aucun(e) ami(e). Parmi ceux-là, 42 % n’ont jamais eu de relation sexuelle. Une tendance qui va, paraît-il, croissant dans tous les pays occidentaux, passée du Japon aux États-Unis et, maintenant, en Europe où l’Allemagne a pris la tête de cette curieuse compétition.

Ces jeunes adultes sont-ils des « no sex » pour autant ? C’est plus compliqué que cela. Ce sont des « no sex » dans le monde réel mais, pour beaucoup, des accros au sexe virtuel. Plus exactement au sexe « non biologique », si l’on peut dire. Explose ainsi le commerce des poupées de silicone, maintenant parfaitement calibrées et connectées en fonction des désirs de l’acheteur. Se développent également à grande vitesse les jeux sexuels en réalité 3D où l’on peut assouvir absolument tous ses fantasmes (violence et torture ont, paraît-il, beaucoup de succès), cela en attendant l’implantation des puces qui nous enverront un orgasme à la demande depuis l’appli de notre smartphone.

L’explication de tous ces emmurés de la connectique (plutôt des CSP++), c’est que les relations humaines demandent trop de temps, de concessions et d’investissement pour un bénéfice médiocre. Dans nos sociétés de l’urgence et du rendement, mieux valent alors les relations humanoïdes. Et pour les jours de blues où l’on aimerait encore un peu d’humanité, on peut aussi, au Japon, faire appel à une agence afin de louer quelqu’un pour la journée. Pas de sexe là-dedans, juste une copine pour faire les boutiques ou un copain pour le karaoké. Compter 100 euros la journée.

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