Editoriaux - Histoire - 9 novembre 2018

10 novembre 1918 : l’impatience française

Revivez avec Boulevard Voltaire ces jours historiques de novembre 1918.

Le 10 novembre, en début de matinée, Foch et Weygand se rendent à la messe dans l’église de la Nativité de Notre-Dame, à Rethondes. Pendant ce temps, les Allemands, réunis dans le wagon Napoléon III, s’interrogent sur le devenir de leur pays. Ils veulent à tout prix éviter la bolchevisation de leur pays et entendent bien que la France se ralliera à cette cause et, par conséquent, consentira à adoucir les dures règles d’armistice qu’elle veut infliger à l’Allemagne.

De son côté, Clemenceau ordonne au général Mordacq de faire passer le message suivant : « Il faut exiger des plénipotentiaires allemands qu’ils fassent une déclaration écrite certifiant : 1) Qu’ils sont bien les délégués du gouvernement qui fonctionne actuellement à Berlin ; 2) Qu’ils considèrent ce gouvernement comme capable d’assurer l’exécution de l’armistice 1. »

En début d’après-midi, le général Pétain, que Foch a fait demander, arrive en provenance de son PC de Chantilly, à la gare de Rethondes. Le maréchal dit à Pétain : « L’armistice qui va sans doute être signé demain ou après-demain est prévu pour durer 35 jours. Pendant ce délai, il ne sera pas question de réduire nos effectifs, mais par contre, il faudra commencer à étudier les modalités de démobilisation en fonction de l’occupation des secteurs évacués par l’ennemi 2. »

Mais le général Pétain lui fait remarquer que l’offensive de Lorraine est prête, qu’elle est prévue pour le 14 novembre et que les généraux de Castelnau et Mangin sont sur le pied de guerre ! La tentation est effectivement grande de mettre les Allemands à genoux, de les repousser chez eux et d’obtenir une reddition sans condition : une vraie capitulation militaire. D’autant que Pétain souhaite aussi une victoire à la hauteur du sacrifice d’un million et demi de soldats français morts au champ d’honneur. Mais Foch lui rétorque : « Je ne puis pourtant continuer à laisser tuer des soldats français si l’armistice me donne tout ce que je pouvais espérer de la victoire ! […] En signant l’armistice, je crois accomplir mon devoir d’homme et de chef. Je regrette pour vous, mais il faut faire votre deuil de votre offensive 3. » Pétain s’en retourne à Chantilly.

À la tombée de la nuit, le 10 novembre, alors que le train de Foch est parti à Compiègne pour s’y approvisionner en eau, l’un des officiers du maréchal, le capitaine de Mierry, reçoit un télégramme en provenance de Berlin : « Le gouvernement allemand aux plénipotentiaires auprès du haut commandement des Alliés : le gouvernement allemand accepte les conditions de l’armistice qui lui ont été imposées le 8 novembre. Signé le chancelier de l’Empire. 308 4. » C’est ce dernier chiffre qui permet à la délégation allemande de certifier l’authenticité du télégramme et du chancelier.

À 21 heures, tout est prêt pour signer l’armistice ! Mais les représentants allemands tardent à le parapher. Foch laisse paraître quelques signes d’agacement : « S’ils ne se décident pas, je lance l’attaque en Lorraine 5 ! » À Paris, Clemenceau aussi s’impatiente. Il se lasse des ergotages des Allemands. Il exige qu’on en finisse au plus vite.

Notes:

  1. Patrick de Gmeline, Le 11 novembre 1918 – Éditions Presse de la Cité, page 326
  2. Ibid. p. 331
  3. Ibid. p. 32
  4. Ce télégramme transite via la station militaire installée à la tour Eiffel.
  5. Patrick de Gmeline, op.cit., page 336
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