Editoriaux - 15 décembre 2018

Voilà, voilà : Chérif Chekatt était radicalisé depuis…

Nos dirigeants ont du mal avec les radicalisés. Ils ont inventé ce mot pour ne plus dire « djihadistes » ou encore moins « musulmans ». Ils sont « radicalisés » : comme les extrémistes se droite ou de gauche, quoi. Seulement, en France, ces derniers ne tuent pas.

Alors quand un énième crime est commis au nom d’Allah, on sent une immense gêne.

Mercredi, le ministre de l’Intérieur déclarait sur LCI, à propos de l’attentat de Strasbourg, “malgré une revendication sans doute opportuniste de Daech, ce qu’on peut dire avant tout, c’est que cet homme a choisi le mal”. Tiens, notre ministre a dû accompagner une ou deux fois sa mère qui « portait le foulard » à la messe…

Cette peur pour nos dirigeants de désigner l’ennemi viendrait de la peur d’une hypothétique armée de Français de souche faisant la chasse aux islamistes.

Conséquence : Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO, a dit, sur LCI toujours, qu’il ne fallait pas diffuser la photo du tueur présumé de Strasbourg. Selon lui, c’était “la pire bêtise à commettre” puisque “derrière chaque Strasbourgeois” se cachait potentiellement “un justicier”.

Pourtant, c’est à la suite de l’appel à témoin finalement diffusé dans la journée de mercredi qu’une femme ayant été abordée dans la rue par “un homme blessé” et dont elle a “reconnu les traits” a permis de retrouver Chérif Chekatt. Celui que 280 enquêteurs n’avaient pu trouver fut très vite localisé par la brigade de sûreté passant en voiture rue Lazaret où il avait été vu.

Chérif Chekatt, à 19 ans, en 2008, avait un portrait de Ben Laden sur le mur de sa cellule, au dire des surveillants, nous apprend France3. Et en 2013, le personnel de la maison d’arrêt de Mulhouse, note Le Figaro, le signalait comme radicalisé, prosélyte, extrêmement violent et, selon France Info, “extrêmement pieux, pratiquant un islam sans concession”.

Nos dirigeants ont une attitude d’autruche enfouissant la tête dans le sable qui contraste avec celle de Matteo Salvini qui, d’Israël où il se trouvait, a tweeté après l’attentat de mardi : “Tous ceux qui se réjouiront de l’attentat de Strasbourg seront arrêtés.”

Il ne s’embarrasse pas d’une quelconque absence de « délit de radicalisation ». Il invoque là implicitement le délit d’« intelligence avec l’ennemi » que notre Code permettrait également de combattre.

Apres bien des réticences et des informations contraires, avec témoignages lénifiants et mensongers à l’appui des voisins ou amis du tueur, on apprend enfin, jeudi, qu’un de ses frères est aussi « radicalisé » et que la famille… Ben oui, la famille. Le quartier, la communauté aussi. On soutient et cache ceux que l’on considère comme des héros : ceux qui tuent – et meurent – pour faire la volonté d’Allah.

« On » le sait , mais « on » fait chaque fois l’étonné. Ça aussi, ça révolte les Français.

Arrêter, emprisonner, expulser – s’il s’agit d’un étranger – tous ceux qui se réjouissent des attentats, et pas seulement, comme on l’a fait en France, fermer leurs comptes Twitter et Facebook, car leur joie indécente court les rues, les écoles et les salles de prière : voilà le genre de mesure qu’on attend.

Parce que oui, Monsieur Castaner, vous avez raison, “ils ont choisi le mal”. Mais tirez-en les conséquences !

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