On a beau avoir requis durant plus de vingt ans contre les crimes, avec leur gravité diverse, et n’avoir jamais été un optimiste sur la nature humaine, il n’en reste pas moins qu’on peut encore demeurer saisi face à une odieuse quotidienneté.

Comme s’il y avait encore, chez moi, un zeste d’illusion, une touche de naïveté qui demeuraient stupéfiés au regard de l’ignoble qu’on n’osait même pas soupçonner.

Dans le XXe arrondissement de Paris, le 23 février, une femme âgée de 84 ans, qui revenait de faire ses courses, a été agressée par un groupe l’ayant fait tomber sur le sol en lui arrachant son sac. Depuis, elle est dans le coma et un appel à témoins a été diffusé.

Je ne crois pas qu’on puisse parler, malgré la montée de l’insécurité, d’une scène de la vie ordinaire.

Pourquoi cette ignominie m’a-t-elle tellement ému ?

Je sais bien que certains humanistes patentés sur les plans et judiciaire pleureront davantage sur les agresseurs contraints à ce pire à cause de la dureté de leur existence que sur la malheureuse qui, je l’espère, sortira de son coma.

Pourtant, l’indignation profonde résulte de ce simple constat que, pour un tel méfait, il n’y aucune – je pèse mes mots – excuse.

La n’est pas coupable, l’éducation doit être laissée de côté, la misère n’a pas à être prise en compte, la ou la maturité sont à négliger : il s’agit d’une malfaisance nue, dans sa pureté transgressive, si j’ose dire. Une infraction qui ne renvoie qu’à sa sale commission.

On est effaré qu’un barrage ultime ne se soit pas dressé entre le dessein et l’acte. Ce pourrait être notre mère, notre grand-mère. Nous ne pouvons pas porter, à plusieurs, la main sur cette fragilité, sur ce qui, dans un monde d’où la révérence et le respect se sont enfuis, restait encore à peu près préservé. Il y a des interdits qui devraient même s’imposer à ceux qui ne jouissent que de la de tout se permettre.

Je suis ridicule avec mes vœux pieux.

Ainsi, au moment où ils remarquent cette silhouette âgée, avec ses provisions, le seul désir qui surgit en eux est de l’agresser, de la voler, avec des suites dont on ne connaît pas encore l’issue.

Perdre, au fil des jours, tant le mal est inventif, le peu de confiance qu’on avait en l’humain, est douloureux.

Je vais faire un aveu. Quand les agresseurs de cette femme âgée auront été identifiés puis interpellés, ma joie civique sera à la hauteur de celle que j’ai éprouvée quand, par exemple, Lelandais a avoué face aux évidences qui l’accablaient.

J’entends déjà les plaidoiries : il faut les comprendre… ce qu’ils ont fait n’est pas bien mais il y a pire…

C’est pourtant inexcusable.

Condamnés, je parie qu’on évoquera vite aménagements, peines de substitution, pour échapper à la mauvaise conscience paradoxale de la rigueur nécessaire.

Ce coma ne devrait pourtant jamais passer.

Chez moi, il ne passe pas.

26 février 2018

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