Le mardi 3 avril en début de soirée, le Président Emmanuel Macron recevait « trois insoumis » à la menée par Nicolás Maduro : Julio Andrés Borges, ancien président de l’Assemblée nationale du Venezuela, Antonio Ledezma, ancien maire de Caracas, maintenant réfugié en Espagne, et Carlos Vecchio, le coordinateur politique du parti Voluntad Popular, un des principaux partis membres de la MUD, la coalition de l’opposition. Au terme de cet entretien, Emmanuel Macron déclarait que "les conditions d’organisation des élections présidentielles au Venezuela, le 20 mai, ne permettaient pas, en l’état, un scrutin juste, libre et transparent". En insistant, de plus, sur "les atteintes répétées à l’État de droit et aux droits de l’homme".

La réponse du président vénézuélien ne s'est guère fait attendre. Dès le jeudi 5 avril, dans une déclaration d’une violence dont il a le secret et qui lui sert le plus souvent d’argumentaire, Maduro traitait le Président français de "sicario (tueur à gages) de l’oligarchie financière", "de marionnette à la solde de la bourgeoisie nord-américaine" et l’accusait de "détruire la France" ! Il ajoutait même, à l’occasion de la commémoration des cinquante ans de l’assassinat de Martin Luther King, que son pays ne se soumettrait pas aux "élites racistes des gouvernements français, espagnol et colombien"...

Une sortie, à vrai dire, invraisemblable lorsqu’on analyse sa gouvernance au bilan politique, social, économique et sanitaire catastrophique ! Quant aux déclarations à l’emporte-pièce, injurieuses, indignes d’un chef d’État, elles ne peuvent guère surprendre les observateurs de la vénézuélienne...

Ce qui est, en revanche, plus surprenant dans cette polémique, c’est l’attitude du Président français. Non point sur le fond, car tout a été dit en peu de mots, mais sur la forme. Avec une question centrale : quel peut bien être l’intérêt du Président Macron à vouloir déclencher une polémique avec un leader déjà disqualifié sur le plan international ? D’autant, à juste titre, qu’un des mots clefs de cette nouvelle présidence est le respect, la présidentialisation de la fonction ? Inconséquence de tous les communicants qui l’entourent, peu au fait des réactions potentielles du président vénézuélien ? Pourquoi ne pas avoir fait intervenir le ministre des Affaires étrangères dans cette affaire ? D’autant que sa voix est bien rare sur les affaires latino-américaines...

Ce qui pose une autre question, de fond celle-là : quelle est la vision politique de la France sur ce continent ? Quels sont ses objectifs ? Il est vrai qu’il est devenu, depuis l’époque gaullienne, bien difficile de la comprendre. Car il faut le souligner, les propos tenus par Emmanuel Macron - "La France se tient prête, aux côtés de ses partenaires européens, à adopter de nouvelles mesures si les autorités vénézuéliennes ne permettent pas la tenue d’élections démocratiques" - semblent, par rapport aux enjeux, de simples formules de communicants, à deux mois des élections présidentielles.

Pourrait-il, alors, s’agir d’une communication plus subtile, subliminale en quelque sorte, en direction de Washington et du président Trump, où une visite officielle en grande pompe est programmée du 23 au 25 avril ?

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9 avril 2018

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