Venezuela : Maduro comme Le Pen ?

Ces jours derniers, il n’aura échappé à personne que le Venezuela était en proie à des troubles de plus en plus inquiétants. En cette région du monde, c’est malheureusement chose courante. Plus intéressant – mais cela, une fois encore, n’a rien de très nouveau – est le traitement médiatique de ces événements.

Simple exemple, ce paragraphe issu d’un éditorial des Échos de ce mardi dernier. Les Échos, quotidien qui incarne à la fois le fameux « cercle de la raison » et la non moins célèbre « bonne gouvernance. » Soit le viatique politico-économique des élites françaises ayant amené notre pays à la félicité qu’on sait. Les Échos, donc :

Dix morts dimanche lors des manifestations contre l’élection d’une assemblée constituante, vaste mascarade censée sauver le pouvoir de plus en plus contesté du président Nicolás Maduro. Plus de cent morts en quatre mois, lors de protestations violentes contre un régime corrompu, galopant à grands pas vers la dictature.

Le tout précédé de ce titre : « La folie d’un régime condamné »… Voilà qui appelle au moins quelques réflexions.

Plus d’une centaine de morts ? Oui. Dont plusieurs policiers, deux candidats chávistes tués par balle, sans compter d’autres manifestants pro-gouvernementaux, mais qu’on ne voit jamais à la télévision. Quant à la corruption, il s’agit d’un mal endémique ne touchant pas que les cadres de la révolution bolivarienne, loin s’en faut.

L’Assemblée constituante, une « vaste mascarade » ? Mais cette dernière est inscrite dans la Constitution vénézuélienne depuis 1999, avant d’avoir été ratifiée l’année suivante par 92 % des suffrages. L’opposition avait décidé de boycotter le scrutin, tout comme elle a boudé celui de ce dimanche dernier, se plaignant désormais de ne pas être représentée dans cette nouvelle Assemblée. Faudrait savoir…

Galoper à « grands pas vers la dictature » ? Si c’est Daniel Fortin, rédacteur en chef des Échos, qui le dit… On imagine qu’il doit encore assurer que Vladimir Poutine n’est pas un « véritable démocrate »… Au fait, c’est quoi, un « véritable démocrate » ? George W. Bush, ancien président américain ? Salmane ben Abdelaziz, roi saoudien ? Imaginons que, tant qu’à faire, Daniel Fortin assure aussi que le Front national n’est pas non plus un « véritable parti républicain ». Bref, toujours la même question : qu’est-ce qu’un « véritable parti républicain » ?

Quant à la « folie » de tel ou tel, il ne s’agit rien d’autre que d’une vieille rhétorique marxiste-léniniste selon laquelle ceux qui s’opposaient jadis au paradis annoncé par le socialisme scientifique ne pouvaient être que « fous », d’où l’envoi de certains dissidents en hôpital psychiatrique plutôt qu’au goulag. On ne prête, évidemment, pas de telles intentions à ce pauvre Fortin ; il n’empêche que le cœur y est, au moins dans son article.

Pour redescendre un peu sur le plancher des vaches, il est manifeste que, devant une situation politique à ce point bloquée, Nicolás Maduro en appelle une fois de plus à la voix du peuple contre le diktat de la rue. Hugo Chávez, son illustre prédécesseur, était coutumier du fait ; ce qui lui a d’ailleurs permis de gagner toutes les élections, présidentielles comme législatives, alors que ces scrutins étaient placés sous haute surveillance internationale.

C’est en ceci que l’article des Échos est plus qu’instructif, se faisant ceux de ce qu’il est convenu de nommer la « communauté internationale » ; c’est-à-dire les États-Unis et ses domestiques européens. En revanche, la majeure partie des gouvernements avoisinants font front derrière le régime de Caracas, ainsi que d’autres nations, pas tout à fait anodines, telles que la Russie et l’Iran, voire la Chine.

Au fait, la dernière fois qu’il y a eu une tentative de coup d’État au Venezuela, c’était en 2002. Comme aujourd’hui, le peuple des campagnes, sorti de la misère par le socialisme chrétien d’Hugo Chávez, qui n’avait rien à envier à celui du général Franco, avait sauvé le régime, alors que dans les zones urbaines, l’élite occidentalisée et mondialisée était dans la rue, appuyée par l’ensemble des télévisions privées, le tout coordonné par la chaîne américaine CNN. Les putschistes furent défaits ; « jour sombre pour la démocratie », nous fut-il assené par les médias d’ici.

Cela, nos journalistes ne le voient pas et refusent encore plus d’en rendre compte. Logique : ils sont aussi payés pour ça. En attendant, les événements de Caracas nous donnent un assez bon avant-goût de ce qui pourrait se passer en France si, d’aventure, une Marine Le Pen parvenait à la magistrature suprême. Hypothèse d’école, dira-t-on. En sommes-nous si sûrs ?

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