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Editoriaux - International - Politique - 13 février 2020

Venezuela : Juan Guaidó est-il vraiment toujours un recours crédible ?

Après une tournée internationale digne d’un chef d’État qui l’aura mené à Bogotá, en Europe, au Canada puis aux États-Unis, Juan Guaidó est enfin de retour au (qu’il avait quitté clandestinement le 19 janvier via la frontière avec la Colombie).
Une arrivée plus que mouvementée, ce mardi 11 février, à l’aéroport Simón-Bolívar de Maiquetía où il a été accueilli sous diverses insultes : « assassin » « traître » « en prison », etc., par les partisans de Nicolás Maduro venus en nombre. Pendant ce temps, un groupe de députés soutiens de Guaidó a dû arriver à pied par 35 degrés à l’aéroport, la police ayant empêché le passage de leur bus en bloquant les tunnels Boquerón I et II de l’autoroute La Guaira qui mène à l’aéroport.

À vrai dire, certains redoutaient beaucoup les conditions du retour de Guaidó à Caracas malgré les propos de Diosdado Cabello, le président de l’Assemblée nationale constituante : « Que s’est-il passé, l’année dernière ? Rien. Que va-t-il se passer ? Rien. » Et il avait ajouté cyniquement : « Je pourrais même dire autre chose : el es la nada (il n’est rien !). »

Tout cela relèverait, en fait, de la péripétie politicienne s’il n’était pas révélateur non seulement du climat politique qui règne à Caracas mais aussi de la perte de crédit de celui qui était apparu, il y a un an, comme un recours possible et efficace au pouvoir cháviste ! Les semaines puis les mois ont passé et les difficultés sociales, économiques, sanitaires se sont accumulées sans que Guaidó n’obtienne la chute du régime et le départ de Maduro… Pire même, certains pensent dorénavant que son action a été même négative et contre-productive car elle a renforcé les sanctions économiques, en particulier américaines, et ainsi accentué les difficultés quotidiennes…

D’après un sondage de l’organisme Datanálisis, la popularité de Guaidó s’est lourdement effondrée en l’espace d’un an (de janvier à décembre 2019), en passant de 63 % à 39 %. Rappelons que « le recours Guaidó président autoproclamé » a été une opération pilotée conjointement par John Bolton, l’ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, et le secrétaire d’État Mike Pompeo. Sa jeunesse 36 ans, son élection à la présidence de l’Assemblée nationale le 5 janvier 2019, son programme de centre gauche plutôt libéral (son parti Voluntad Popular est membre de l’Internationale socialiste), sa malléabilité avaient été considérés comme des atouts pour créer un électrochoc politique !

Si, sous la pression américaine, une cinquantaine de pays l’ont reconnu comme le président légitime du Venezuela, l’armée, malgré ses nombreux appels, est restée fidèle à Nicolás Maduro, comme le rappelle TV5 Monde.

Sur le plan international, si les dirigeants chinois ont discrètement accepté de rencontrer des émissaires de Guaidó, Vladimir Poutine, nous l’avons déjà souligné, a, lui, renforcé son soutien politique au président Maduro et ses investissements au Venezuela. Par ailleurs, Guaidó, en demandant dernièrement que « Cuba fasse partie de la solution », a implicitement reconnu l’importance du rôle, en particulier dans le domaine du renseignement, des nombreux conseillers militaires et techniques cubains présents à Caracas. Soulignant ainsi un peu plus l’impasse dans lequel il se trouve…

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