Editoriaux - International - 18 août 2018

Venezuela : attentat, répression, débâcle économique et viaduc Morandi…

Les circonstances de « l’attentat » contre Nicolás Maduro sont loin d’être élucidées et ce ne sont pas les allégations contradictoires fournies par les autorités (nombre, origine, manipulation et mode d’interception des drones) ni les aveux du député Juan Carlos Requesens arrachés dans des circonstances troublantes (une vidéo postée sur Twitter le montre hébété et couvert d’excréments) qui vont permettre d’y voir clair. Quant aux arrestations, entre autres, de deux généraux, dont le général de la Garde nationale bolivarienne Héctor Hernández Da Costa, c’est un avertissement « à la cubaine » à tous ceux qui voudraient, à des degrés divers, s’affranchir de l’autorité gouvernementale actuelle ! Et pendant ce temps…

Jeudi 16 août, dans les rues de Caracas, une manifestation du personnel de l’hôpital pour enfants José-Manuel-de-los-Rios, aux cris de “¿Cuál revolución? Si en los hospitales no tenemos algodón!” (“Quelle révolution si nous n’avons pas de coton dans les hôpitaux ?”), était bloquée à proximité du palais présidentiel !

Et pendant ce temps, alors que le panier alimentaire de base était estimé à la somme de 654.214.674 bolivars, soit l’équivalent astronomique de 2.629.640.160 dollars, le gouvernement, pour tenter de masquer son incurie et son incompétence, prépare sous très haute surveillance policière et militaire l’introduction, pour la semaine prochaine, de nouveaux billets… avec cinq zéros de moins. Dans le même souci de masquer la réalité et de contrôler la population, Nicolás Maduro vient de décider que, désormais, seuls les détenteurs du « Carnet de la Patria » et qui auront fait enregistrer leur véhicule pourront désormais s’approvisionner en essence à un prix subventionné (1 bolivar à l’heure actuelle). Quant aux autres, le tarif international, sans autres précisions, devrait leur être appliqué…

Et pendant ce temps, à la suite de très fortes précipitations début août et du débordement de l’Orénoque dans le sud et l’est du pays, de nombreux habitants étaient toujours sinistrés et il était toujours difficile de se déplacer normalement dans plusieurs États sans que le gouvernement y dépêche les moyens nécessaires.

Une déliquescence des services de l’État qui ne cesse d’inquiéter, d’autant qu’on apprenait, la semaine dernière, la fermeture provisoire du gigantesque pont Général-Rafael-Urdaneta (8.678 mètres de long) qui enjambe le lac de Maracaibo, dans l’ouest du Venezuela, à la suite d’un incendie dans une des réserves d’huile, ce qui a provoqué une très longue coupure d’électricité dans toute la région. Une annonce d’autant plus inquiétante que le concepteur de ce pont, construit en 1962, n’est autre que l’Italien Riccardo Morandi, l’architecte du pont de Gênes, dont, de plus, tous les spécialistes dénoncent depuis des années la vétusté, la surcharge de trafic et une maintenance a minima des services de l’État ! Et que les travaux de construction du pont alternatif Nigale, commencés en 2006 sous l’égide du géant brésilien du BTP Odebrecht, impliqué depuis dans de nombreuses affaires de corruption, sont depuis plus de deux ans à l’arrêt, malgré les promesses de Maduro …

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