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Editoriaux - 18 août 2018

Affaire Benalla : petit retour sur l’affaire du “fichage”

C’est l’histoire d’un doctorant de l’Université catholique de Louvain en Belgique, Nicolas Vanderbiest, qui étudie les effets de foule sur les réseaux sociaux. Le cas étudié est celui de l’affaire Benalla qui, entre le 19 juillet et le 3 août, avec quatre millions de tweets publiés par quelque 250.000 personnes, a largement dépassé BalanceTonPorc et JeSuisCharlie.

S’agit-il de vrais profils ? Combien sont anonymes ? Et qui sont les internautes, au regard de la mini-bio figurant en exergue de leur compte Twitter ?

L’étude aurait pu rester secrète. Mais le chercheur belge est le cofondateur d’une ONG qui traque la désinformation, le EU Disinfo Lab, qui, tout fier, a publié, le 8 août sur Twitter, les résultats de ses travaux : l’étude elle-même, consultable sur https://spark.adobe.com/page/Sa85zpU5Chi1a/, et un tableur où 3.890 comptes français sont répertoriés avec chacun un matricule et des mentions de sa religion, son orientation sexuelle, ses opinions politiques…

Certes, chacun sait, quand il tweete, que son opinion sera connue de la planète entière. Et que s’il affirme être gay ou juif ou adhérent FI ou RN, on est susceptible de le croire.

Mais le vrai scandale est celui de l’utilisation possible de ces données ainsi mises sur la place publique.

Car EU Disinfo Lab est une organisation « non gouvernementale », mais elle avoue, dans le chapitre V de l’étude, qu’un tout-puissant GAFA, Twitter, “à la suite des manipulations survenues pendant la campagne américaine de 2016, et qui impliquait l’achat de publicités par Russia Today et Sputnik, s’est engagé, le 26 octobre 2017, à redistribuer 1,9 million de dollars vers des organisations luttant contre la désinformation”. Dont elle.

La petite EU Disinfo Lab a donc de bien puissants alliés, et la suspension unilatérale de très nombreux comptes Twitter dont les opinions affichées sont LMPT, FI ou RN – répertoriés par l’étude comme utilisateurs réguliers des « désinformations » venant de Sputnik ou RT – ne tient peut-être pas du hasard.

Elle peut, ainsi, réaliser le rêve de tout chef d’État : détruire l’influence des opposants en limitant leur liberté d’expression et en taxant les informations qu’ils véhiculent de « fake news » dictées par un État étranger – la Russie, en l’espèce.

Car l’étude dit deux fois, dans le chapitre I, point 5, puis dans le chapitre III (A 3), “force est de constater au vu des différents cas de désinformation que le taux de russophilie d’un écosystème est corrélé avec sa probabilité de partages de désinformation”.

Tuer l’ennemi par vertu patriotique, quel plaisir ! Macron en a rêvé. EU Disinfo Lab l’a fait ? Bien sûr, il s’en défend. À la fin de l’étude, il précise : “Bien évidemment, nous ne travaillons pas pour En Marche !, ni pour aucun autre parti ou mouvement politique.”

Mais pour le politologue soucieux des faits, « force est de constater » que nous assistons, au creux de l’été, quand les honnêtes citoyens goûtent les délices des plages ensoleillées, au premier acte d’une cyberguerre d’opinion internationale qui vise directement la France, et plus spécifiquement, en France, l’opposition.

Souriez, vous êtes fichés !

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