Editoriaux - International - 3 octobre 2018

Unité des populistes de droite et de gauche : l’exemple italien ?

Et si une certaine forme de salut politique nous venait d’Italie, un de ces pays que nos partenaires européens, issus du Nord protestant du continent, qualifient avec dédain de nation du « Club Med » ; soit ces terres latines et catholiques, ancrées en cette Mare Nostrum chère à Homère, matrice historique d’une civilisation ayant pris souche et essaimé des deux côtés de la Méditerranée ? C’est à croire.

Ainsi, le nouveau gouvernement italien, coalition de populistes de deux autres rives – Ligue à droite et M5S à gauche –, est-il en train de redéfinir, à sa manière, la bonne « gouvernance » théorisée à Bruxelles et Strasbourg. Contrairement à ces instances technocratiques et non élues, les formations politiques en question ne doivent leur légitimité qu’au seul vote du peuple, ce qui, cela convient d’être noté, n’est pas totalement incongru en démocratie.

Ces légitimes aspirations populaires obéissent parfois à des priorités différentes. Pour les électeurs de Matteo Salvini, lutte contre l’immigration de masse et délinquance galopante sont au premier rang de leurs préoccupations. Pour ceux de Luigi Di Maio, ce sera plutôt l’équité sociale. Qu’à cela ne tienne : un gouvernement populiste peut faire avancer les deux de conserve.

La preuve pour les dirigeants du M5S approuvant la politique sécuritaire de ses très musclés homologues de la Ligue, mais également, pour ces derniers, qui viennent d’avaliser la politique économique des premiers. Adieu, les diktats de ce « cercle de la raison » si cher à nos Jacques Minc et Alain Attali : le déficit prévu de l’Italie sera de 2,4 %, contre les 0,8 % promis ; mais en deça de la ligne rouge des 3 % fixée par le gendarme européiste et l’austérité punitive lui tenant lieu de politique.

Au programme ? Relance de l’économie par de grands travaux publics – ce qui n’est pas véritablement un luxe de ce côté des Alpes : il n’y a qu’à voir l’état de leurs ponts. Abaissement de l’âge de la retraite afin de libérer le marché du travail aux plus jeunes. Et, surtout, instauration d’un revenu universel à destination des Italiens les plus démunis. On notera que ce concept n’est pas que le fait de gauchistes hirsutes et de feignasses chevelues, puisque prôné, ou l’ayant été, par des personnalités aussi diverses que Richard Nixon, Alain de Benoist, Maurice Druon, Christine Boutin, sans oublier les actuels dirigeants indiens, qui viennent d’instituer cette mesure à titre expérimental.

Voilà qui, en France et en Europe, aurait dû ravir les rebelles de tous poils. Il semble que non. Les Anglais travaillistes de Jeremy Corbyn, les Espagnols du Podemos menés par Pablo Iglesias, les Grecs de Yánis Varoufákis sont aux abonnés absents. De peur de cautionner le populisme de droite de Salvini ? Oui. Cela, au risque de heurter cet autre populisme de gauche, celui de Di Maio ? Oui, fortuitement. Au risque de regarder passer le train sans oser y monter, même à la hussarde ? Oui, une fois de plus. Encore un petit effort pour être enfin révolutionnaires, camarades ? Oui, toujours.

On constate qu’en France, une Marine Le Pen ne donne pas dans le même repli frileux, se trouvant en parfaite adéquation avec la politique migratoire et sécuritaire d’un Matteo Salvini, sans pourtant bouder celle, peut-être visionnaire, finalement, d’un Luigi Di Maio. Ici, Jean-Luc Mélenchon, tiraillé comme on sait entre ces deux tendances n’en finissant plus de déchirer Les Insoumis de l’intérieur – ligne populiste identitaire et tropisme communautariste –, ne sait plus, comme trop souvent chez lui, sur quel pied danser la “Carmagnole”. L’avenir dira s’il saura se montrer à la hauteur de ses ambitions affichées. La réponse sera bientôt dans les urnes, à la faveur des prochaines élections européennes.

En attendant, bonne nouvelle : les autorités morales de l’Europe bureaucratique crient au loup. On nous dit qu’il ne faudrait pas « inquiéter les marchés », ces éternels angoissés. Ou ne pas « alarmer les investisseurs », ceux que d’autres, moins soumis aux élégances humanistes, préfèrent seulement nommer les spéculateurs.

Il y a, comme ça, des jours où l’on se sentirait volontiers italien.

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