Un préfet ne devrait pas dire ça

Un préfet de police qui parade sur le champ de bataille, après la bataille et devant les caméras, histoire de montrer que l’ordre règne à Paris, faut dire que ça en jette un max. En voyant ça à la télé, on se dit qu’on en a pour ses impôts et, quelque part, c’est rassurant. Pas le genre préfet au champ, cape au vent et gants blancs, à faire des mondanités chez la duchesse de Guermantes, Didier Lallement. Non, lui, c’est blouson de travail, histoire de bien montrer que dans « préfet de police », il y a « police ». C’est quoi, la prochaine étape ? En treillis de combat et rangers ?

Bon, l’habit ne fait pas le moine et de là à le comparer au général de Galliffet, ce général qui réprima la Commune en 1871, faut peut-être pas pousser. Faut dire que c’était pas franchement un rigolo, celui-là. C’est lui qui avait proclamé : « La guerre a été déclarée par les bandits de Paris. Hier, avant-hier, aujourd’hui, ils m’ont assassiné mes soldats. C’est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. » La Commune avait été prévenue. La répression fut féroce. Pour l’instant, Dieu merci et grâce, sans doute, au sang-froid de la grande majorité de nos policiers, pas de morts dans ces manifestations à Paris, tant dans un camp que dans l’autre.

Oui, parce qu’il faut dire « camp », maintenant. On se doutait bien, quelque part, qu’il y avait deux camps : le camp du bien et le camp du mal, par exemple. Mais cela n’avait pas encore été labellisé. Désormais, c’est fait. Appellation d’origine préfectorale contrôlée. Ainsi, le préfet Lallement, au lendemain des affrontements de la place d’Italie, tel Napoléon parcourant le champ de bataille encore fumant, tirant une oreille par ci, réconfortant un grognard par là, rencontre une brave femme qui lui dit, sans baisser les yeux : « Oui, je suis gilet jaune. » Une factieuse, que cette gourgandine. Mais l’homme à la casquette démesurée n’est pas du genre chevaleresque à tendre la main à l’ennemi vaincu, lui rendre son épée et tout le folklore qui va avec. Non. Il poursuit sa marche triomphale, non comme un prince, vu qu’il ne fréquente pas la duchesse de Guermantes, on vous l’a dit plus haut, et déclare, pète sec : « Eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, madame ! » Passe ton chemin, femme, et estime-toi heureuse que… Il aurait d’ailleurs pu dire : « Pas du même monde » ! Mais non, « pas dans le même camp ». Un homme de guerre, quoi. Cet homme, à l’évidence, est celui de la situation. Celui qu’il faut nommer, dès mercredi au Conseil des ministres, proconsul pour tous les « territoires perdus de la République ». Va nous mettre tout ça d’équerre, vous allez voir.

Décidément, c’est la série. Après un général de haut rang, reconverti dans les monuments historiques, parlant comme un charretier devant la représentation nationale, maintenant un préfet déguisé en cow-boy se prenant pour la cavalerie à lui tout seul alors que Fort Alamo vient de brûler. C’est la série ? Après un Président, un général, voici un préfet qui ne devrait pas dire ça.

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