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Editoriaux - People - Polémiques - 10 mai 2020

Un peu de cohérence, Mme Binoche, s’il vous plaît

Dans une courte tribune publiée dans Le Monde, Mme Binoche a décidé de verser dans le pathos et le catastrophisme ; c’est bien vu, par les temps qui courent : « L’extinction massive de la vie sur Terre ne fait plus de doute », affirme-t-elle avec l’assurance appuyée d’un vieux briscard scientifique qui en a vu d’autres et sait. Nous vivons « un effondrement global », poursuit-elle. Macron, qui a tapé sur les doigts de son Premier ministre pour avoir utilisé ce terme devant l’Assemblée nationale, ne va pas aimer ! Roméo va prendre le large… Et puis, surtout ne pas oublier le couplet écolo : « La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture. » Yves Cochet doit adorer ! Le reste de son mini-argumentaire est du même bois : « Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. »

C’est beau, ce plaidoyer pour la vie. Pour un peu, il m’arracherait des larmes. Mais qui est donc cette personne que la vie préoccupe tant, au point qu’elle entraîne dans sa croisade deux centaines de people et de scientifiques et s’offre les colonnes du « journal de référence » du soir. Petit retour en arrière… oh ! pas bien loin : en 2016. Cette année-là, Mme Binoche se rend en Pologne, la patrie de sa mère. Elle n’est pas là pour faire du tourisme ! Elle vient apporter son appui, et le poids de sa notoriété, à un collectif local de femmes réunies pour s’opposer à une possible législation contre l’avortement.

Je ne veux pas, ici, rouvrir le débat sur ce sujet difficile, mais juste apporter deux précisions.

Le droit romain avait un principe, que tous les étudiants de première année de fac de droit connaissent : Infans conceptus pro nato habetur ou, traduit, « l’enfant conçu sera considéré comme né chaque fois qu’il pourra en tirer avantage ». De ce fait, un fœtus peut hériter ; c’est donc qu’il existe. Ce principe du droit romain est passé dans notre Code civil (art. 311 et 725). Dans sa grande sagesse, l’homme a décidé qu’un être en devenir, dès le sein de sa mère, n’était pas une chose, un objet, mais un être vivant. « Vivant », c’est-à-dire plein de vie.

Mme Binoche a toute légitimité pour approuver l’avortement, le défendre et manifester, éventuellement en dehors des frontières, pour que ce « droit acquis » par les femmes soit respecté partout où il est institué. En revanche, il me paraît incohérent de pleurnicher publiquement, dans le même temps, sur un système qui, selon elle, conduit à « nier la vie ».

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