Editoriaux - Politique - 16 juillet 2019

Un an après l’affaire Benalla, l’affaire Rugy : sous Macron, les étés de la méduse

C’est fait, François de Rugy a démissionné. On peut voir la chose de bien des façons. Dire, par exemple, que dans certains pays nordiques, ces fameux pays scandinaves où les rois et les reines roulent à bicyclette et où il n’est pas question, pour un ministre, de jouer au satrape de sauna, l’affaire n’aurait pas traîné en longueur une dizaine de jours avec cette exhibition assez indécente de la vie du ministre par le menu.

Voir la chose de façon plus positive, la bouteille de Dom Pérignon à moitié pleine : que l’on progresse dans la fameuse République exemplaire, que le « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » fait l’objet d’une allergie de la part des Français, pire que l’allergie de M. de Rugy aux fruits de mer, d’un véritable rejet. Les Français veulent des élus, surtout au sommet, qui soient dignes de la majesté de l’État et du prestige de la France mais qui, en même temps, la jouent modeste. Pas simple, mais cela se saurait si ça l’était.

On va dire qu’un homard a fait chuter un ministre. Il semblerait que la chose soit plus grave, si l’on en croit les révélations de Mediapart : François de Rugy se serait servi, en 2015, de son IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) pour payer ses cotisations à son parti (EELV), ce qui n’était pas formellement interdit, semble-t-il. Mais il aurait déduit ces versements pour le calcul de son impôt sur le revenu (dons aux partis déductibles à 66 %). Interdit, pas interdit ? La chose est discutable, mais certainement pas très élégante, surtout lorsqu’on se pose en parangon de la morale en politique. Alors, bien sûr, on aura beau jeu de dénoncer les dénonciations d’un journal tenu par un ancien trotskiste. La vérité n’est ni trotskiste ni macroniste. Elle n’est pas de droite. Elle n’est pas de gauche. Si les assertions de Mediapart sont fausses, les conséquences devront être tirées, notamment au plan judiciaire.

Quel échec, en tout cas, pour la Macronie, deux ans après l’installation d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Un ministre d’État obligé de démissionner sous la pression des événements. Deux ans à peine après cette fameuse loi sur la moralisation de la vie publique que le président de l’Assemblée nationale de l’époque appelait de ses vœux, du haut de son perchoir. On allait voir ce qu’on allait voir : la moindre des facturettes allait être passée à la loupe. Aurore Bergé, tirant des larmes à la ménagère qui n’avait pas encore revêtu son gilet jaune, en appelait même à Mirabeau à la tribune ! Elle aurait eu quelques références historiques, elle nous aurait épargné ce genre de référence stupide : c’est bien connu, le marquis de Mirabeau était corrompu.

On n’ira pas, évidemment, jusqu’à qualifier Rugy de corrompu. En revanche, on se souvient que cet homme fut parjure. Ne s’était-il pas engagé, en participant à la primaire de la gauche pour l’élection présidentielle de 2017, à soutenir le candidat vainqueur ? De là à voir une justice immanente…

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