Trump à Versailles : l’Élysée confond les traités de 1783

Contrairement à ce qui est dit pour justifier le dîner à Versailles, l’indépendance des États-Unis fut reconnue à Paris.
Jean Leon Gerome Ferris, Public domain, via Wikimedia Commons
Jean Leon Gerome Ferris, Public domain, via Wikimedia Commons

Le mercredi 17 juin 2026, Donald Trump est attendu au château de Versailles à l’invitation d’Emmanuel Macron, dans le cadre des commémorations marquant les 250 ans de l’indépendance américaine. Pourtant, le choix de Versailles plutôt que Paris revêt une dimension historique inattendue. En effet, l’année 2026 célèbre la Déclaration d’indépendance des États-Unis, adoptée le 4 juillet 1776 à Philadelphie, mais cette dernière ne fut pleinement reconnue sur la scène internationale qu’à l’issue d’un long conflit et d’un complexe processus diplomatique qui aboutit, sept ans plus tard, aux traités de 1783. L’ironie de lhistoire veut alors que le président américain se rende à Versailles, où furent signés des accords mettant fin aux conflits entre puissances européennes liés à la guerre d’indépendance américaine, contrairement à ce qu’affirme la présidence de la République, qui présente la cité du Roi-Soleil comme un « haut lieu de l’amitié franco-américaine où fut signé, en 1783, le traité consacrant l’indépendance des États-Unis », alors que celle-ci fut en réalité reconnue par l’un des anciens maîtres du Nouveau Monde - l’Angleterre - à Paris.

La France, l’alliée décisive de l’indépendance américaine

Lorsque les treize colonies britanniques se soulèvent contre Londres, leur victoire paraît loin d’être acquise, face à la puissance de l’Angleterre. Cependant, la guerre d’indépendance américaine, qui débute en 1775, change progressivement d’échelle lorsque la France décide officiellement de soutenir les insurgés, dans un contexte de rivalité ancienne avec la Grande-Bretagne, renforcée par l’humiliation de la guerre de Sept Ans qui avait coûté à la monarchie française une grande partie de son empire colonial en Amérique du Nord.

Ainsi, le 6 février 1778, Louis XVI conclut officiellement une alliance avec les États-Unis naissants par des traités d’alliance et de commerce. La monarchie française fournit alors des ressources considérables : armes, financement, troupes et surtout un appui naval décisif. Des figures qu’on ne présente plus, comme le marquis de La Fayette, incarnent cet engagement français. La victoire de Yorktown, le 19 octobre 1781, par exemple, est l’un de ces plus grands exemples. Ce jour-là, le général britannique Cornwallis capitule face aux forces américaines de George Washington et aux troupes françaises commandées par Rochambeau, tandis que la flotte de l’amiral de Grasse verrouille la baie de Chesapeake, empêchant toute retraite britannique. Cet épisode scelle l’issue de la guerre, même si des négociations diplomatiques se prolongeront encore près de deux ans.

Les traités du 3 septembre 1783

Face à ces défaites successives et à l’épuisement financier du conflit, l’Angleterre comprend progressivement qu’elle ne peut plus maintenir son autorité outre-Atlantique. Ainsi, le 3 septembre 1783, à Paris, plus précisément à l’hôtel d’York, situé dans le VIᵉ arrondissement, est ratifié le traité de paix mettant fin à la guerre d’indépendance américaine. Le texte est alors signé par David Hartley, représentant du roi George III, et par les plénipotentiaires américains Benjamin Franklin, John Adams et John Jay. L’accord reconnaît officiellement les États-Unis comme « libres, souverains et indépendants ».

Cependant, ce même 3 septembre 1783, un autre accord est signé non loin de la capitale, à Versailles, entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, dans des clauses qui ne concernent pas les jeunes États-Unis. Ce traité de Versailles met fin aux conflits secondaires, nés de la guerre d’indépendance, mais qui s’étaient étendus à travers le globe, et concernaient des accords notamment en mer des Caraïbes, en Afrique et en Inde.

Le paradoxe est donc saisissant : Donald Trump se rend à Versailles pour célébrer l’indépendance américaine, alors même que celle-ci fut consacrée à Paris, créant ainsi une curieuse superposition historique, presque une inversion des lieux de mémoire. Cette ambiguïté semble d’autant plus marquée par l'erreur manifeste de la présidence de la République présentant Versailles comme un « haut lieu de l’amitié franco-américaine où fut signé, en 1783, le traité consacrant l’indépendance des États-Unis », une affirmation qui ne correspond aucunement à la vérité historique et donnant une image d'amateurisme de la part de l'Élysée. L’épreuve du baccalauréat d’histoire-géographie avait lieu ce 16 juin ; certains, manifestement, auraient gagné à réviser pour le repasser.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

47 commentaires

  1. C’est certes bien dit, mais on attrape pas les mouches avec du vinaigre. Et le redneck parvenu américain est ébloui par Versailles. Il faut que ce soit grand avec des dorures pour le charmer, lui qui se vautre dans la pacotille et le kitsh. Trump est comme les oligarques russes, il n’est pas dans le fond mais uniquement dans la forme.
    Versailles est idéal pour ça.

  2. 17/06/2026
    Bonjour,
    Je voudrais affiner certains détails de l’excellent article de M. Mascureau auquel je souscris entièrement. Je précise ici certains aspects de l’aide française aux Insurgés américains. Il faut distinguer entre l’aide logistique et l’envoi de troupes réglées. L’aide logistique est sollicitée par le Congrès américain dès mars 1776 et débute quelques mois plus tard avec les convois privés affrétés par le dramaturge Pierre Caron de Beaumarchais et le financier Le Ray de Chaumont. L’armée américaine, dite « continentale », est forte d’environ 20 000 hommes, pauvre en matériel et mal habillée. C’est une aide globale française (20 000 mousquets avec baïonnettes, du plomb pour fondre les balles, 80 barils de poudre noire, 8 000 paires de souliers, 3 000 couvertures de laine, 200 canons de bronze de 4 pouces, des mortiers de bronze, des bombes, des boulets) encore non officielle qui permet aux Américains après un début de guerre difficile et avoir été battus une première fois à Saratoga de vaincre les Britanniques, de nouveau à Saratoga, le 17 octobre 1777. C’est cette victoire qui fait pencher Louis XVI en faveur des Américains le 17 décembre 1777, un traité d’alliance militaire est signé le 6 février 1778. Par ailleurs, les premiers officiers volontaires français arrivent avec les navires de Beaumarchais en 1776, un an avant le marquis de La Fayette. L’envoi de troupes réglées avec le comte de Rochambeau a lieu quatre ans plus tard, en juillet 1780. Quant à la Marine Royale française qui a été reconstituée après la désastreuse Guerre de Sept Ans, elle est presque à parité avec la Royal Navy britannique, elle croise au large de la côte est américaine dès le milieu des années 1770 et fournit avec l’amiral de Grasse les conditions de la victoire de Yorktown en bloquant l’accès de la Royal Navy à la ville assiégée.
    Cordialement,
    Fennec

  3. Toute petite remarque pour remettre le marquis de La Fayette à sa place dans cette histoire. C’était le Bernard-Henry LÉVY de l’époque. Louis XVI s’en méfiait et lorsqu’il fut décidé d’envoyer un corps expéditionnaire  de 4000 hommes pour aider les Treize Provinces, son commandement ne fut pas confié à La Fayette mais à Rochambeau, militaire expérimenté, moins mondain et qui s’était préparé aux manœuvres des armées rassemblées sur les côtes normandes, en 1778, à Vaussieux et à Paramé, puis l’année suivante.
    Autre petite remarque à propos d’un grand oublié de l’histoire : Beaumarchais qui dès 1775-1776 entreprit d’aider les Insurgents par des livraisons d’armes et de munitions.

  4. J’attends avec impatience de connaître le menu de ce soir au château : il me fera saliver devant mes coquillettes au gruyère. « Bon appétit, Messieurs, ô ministres intègres, conseillers vertueux… »

  5. non seulement Macron se trompe lourdement sur ce fameux traité signé à Paris et non à Versailles et en plus il nous ruine un peu plus avec ses réceptions fastueuses !!!

  6. L’Elysée, en la personne de macron, confond beaucoup de choses. Notamment ses lubies euromachin qui sont en plein effondrement, avec ce que veulent les Français qui, rappelons le, ont voté contre l’adhésion à cette folie. Vote contre, qui ferait bien d’ailleurs de revenir en mémoire de nombreux candidats à cette élection. Election qui risque fort de tourner en vaste escroquerie, car elle semble susciter pas mal d’inquiétudes dans les rangs de ceux qui gouvernent, pour notre bien naturellement.

  7. Pas étonnant de la part d’un demi énarque qui pense qu’il n’existe pas de culture française …!

  8. Merci pour ces précisions historiques. Mes souvenirs scolaires, classe de 3ème en 1963, ne portaient que sur le traité de Versailles du 3 septembre 1783, comme il était écrit dans le manuel d’histoire encore en ma possession, page 488, « Le traité définitif fut conclu à Versailles, le 3 septembre 1783. Il reconnaissait l’indépendance des Etats Unis d’Amérique… » (Réf du manuel ; XVIè XVIIè XVIIIè siècles par M ARONDEL, J BOUILLON, J RUDEL, Collection d’Histoire Louis GIRARD, éditions BORDAS, 31 mars 1962). Il faut dire que la conclusion de la paix est traitée en une quinzaine de lignes.

  9. Le roi Charles d’ Angleterre s’est taillé un franc succès tout récemment aux USA, en déclarant ( sous les rires ) que sans les Anglais, les Américains, parleraient français… ce serait le bon moment à Versailles,si… ; mais… de rappeler ce que vous écrivez ci-dessus ! Ceci dit, on peut observer que la République aime bien les ors nobles… Versailles, Sénat ( Marie de Médicis ) , Palais de l’ Elysée ( Comte d’ Evreux ), Hôtel de Matignon, Hôtel de Lassay ( Comte de Lassay _ Palais Bourbon) etc etc

  10. Si l’Élysée ne se trompait que sur cette question-là, ça ne serait pas bien grave. Le Petit Macron est pathétique de ridicule.

  11. L’épreuve d’histoire-géo du bac ?

    C’est probablement un QCM ?
    Du genre : qui a été conronné empereur en l’an 800, Leif Erikson, Napoléon Bonaparte, Charlemagne, François Premier ? Ah non, zut, il ne fallait pas inclure Napoléon,lui aussi a été empereur, cela risque d’induire les élèves en erreur, remplaçons par Victor Hugo.

  12. Y en a marre de mettre en avant La Fayette sans dire un mot de notre grand roi Louis XVI qui envoie Rochambeau et De Grasse les vrais acteurs de l’indépendance des États Unis et œuvra habilement à créer notre monarchie constiutionnelle atrocement balayée par La Terreur La Fayette n’était qu’un commandant de compagnie sous les ordres de son ami franc maçon Washington Il eut le culot de se hisser du col lors de la splendide fête de 1790 et fut surnommé le général endormi n’évitant pas au roi avec la garde nationale qu’il commandait d’être trainé à Paris par la populace Napoléon et De Gaulle se sont créé des légendes mais Louis XVI sans cesse nié Macron a l’occasion de rendre hommage à Louis XVI non ?

  13. Merci pour ces précisions historiques. Macron détruit tous les jours la France mais ne rate jamais une occasion d’exploiter l’héritage que nous ont laissé nos glorieux ancêtres, et à nos frais en plus!

  14. L’invitation de Macron pour Mr Trump à Versailles, c’est pour faire oublier toutes ses positions contraire
    à l’encontre des USA. Mais cela prendra pas avec Mr Trump, pour le grand, le luxe, il n’a pas besoin du petit Macron.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois