Ainsi, c’est seulement au mois d’avril 2021 que LR se penchera sur le choix de son candidat pour l’échéance présidentielle de .

Ce calendrier est suicidaire qui après nous avoir fait attendre la décision de François Baroin, ce qui a gelé trop longtemps toute opposition vigoureuse et intelligente, va encore la retarder dans l’espoir de le faire changer d’avis.

C’est une aberration, et même si le président Jacob n’est pas le seul responsable, on se demande jusqu’où son amitié pour François Baroin ne va pas faire mourir la droite avant qu’elle n’ait combattu alors que Marion Maréchal se réjouit, elle, de la proclamer, gonflant une salade niçoise, déjà morte grâce à Christian Estrosi.

Ce n’est pas parce que le système de la primaire, qu’on croyait avoir chassé définitivement, revient en force sous l’influence de personnalités lucides, comme celles de Gérard Larcher, et François-Xavier Bellamy notamment, que le bon sens et l’envie de vaincre vont prévaloir…

Contrairement à ce que le sénateur Pierre Charon, dont les analyses impressionnent, a déclaré : « Le problème, chez LR, c’est que si Baroin n’est pas candidat, nous n’avons pas de plan B et, donc, ça se complique » (Le Monde), il me semble que c’est exactement l’inverse : cela se simplifie parce que cela s’offre les chances du pluralisme.

Nous avons à notre disposition quelques plans dont certains sont plus plausibles que d’autres. Être orphelins de François Baroin va agrandir et stimuler la famille de la droite, qu’on compte ceux qui y demeurent, les transfuges si proches, les apparents adversaires.

Pour ma part, même si je ne méconnais pas le souhait des partisans de Laurent Wauquiez de le voir revenir activement dans le jeu, sans être un spécialiste des pronostics (on me fait assez remarquer mes prévisions contredites comme si les autres n’erraient jamais !), ma trinité, au regard des catégories que j’ai esquissées, concerne Bruno Retailleau, Xavier Bertrand (hostile à la primaire et qui veut se lancer seul, sur un mode gaullien et n’en déplaise à Alain Juppé, « tous les gaullistes ne sont pas sociaux ») et Édouard Philippe, dont je n’imagine pas qu’il concoure contre , mais il me paraîtrait absurde de faire l’impasse sur les surprises de la vie politique, de la vie tout court…

Revenons au sénateur Retailleau qui, sans langue de bois, n’a jamais fait mystère de ses desseins. En effet, à quoi bon élaborer le projet le plus structuré pour une droite de reconquête si ce n’est pas pour le faire valoir lors du moment suprême de notre démocratie ?

Il serait dommage que Nicolas Sarkozy, comme on le prétend, éprouve une telle antipathie pour la personnalité de Bruno Retailleau qu’elle reviendrait, si celui-ci l’emportait, à le faire voter en faveur d’Emmanuel Macron. Mais tout est possible avec cette lune de miel républicaine qui fait complices l’ancien monde battu et le faux nouveau monde !

Sur le fond, Bruno Retailleau est conservateur et, alors que « le barycentre des adhérents ne cesse de se déporter à droite », il serait précisément critiquable à cause de ses orientations qui l’inscrivent clairement dans le courant majoritaire. Mais ce ne serait pas suffisant pour le constituer comme une figure singulière qui tranche avec une mollesse intellectuelle et programmatique revendiquée.

Selon Aurélien Pradié, secrétaire général de LR, en opposition avec Bruno Retailleau, « cette idée que la droite devait être dure sans être juste est stérile »“. Je me demande bien où ce hiérarque est allé chercher, chez lui, cette idée d’une dureté qui se priverait de la justice, ce qui serait d’un absurde simplisme.

Contrairement à ce qu’on souhaite nous vendre, la victoire de François Fillon à la primaire a été éclatante parce qu’il avait su précisément offrir une vision à la fois « dure et juste ». Ce n’est pas elle qui a interdit à l’ancien Premier ministre de l’emporter en 2017 mais, faut-il encore le rappeler, un mixte de destruction judiciaire avec une mauvaise stratégie de défense, d’erreurs personnelles et de maladresses complémentaires, et la débandade d’une équipe peu vertébrée.

Invoquer les élections européennes avec le score médiocre de François-Xavier Bellamy pour fustiger ce qu’une conception vigoureusement conservatrice, pour le débat présidentiel, aurait de préjudiciable n’a pas de sens. Il a manqué précisément au premier – avec trop de douceur dans les confrontations – une ligne claire et tenue jusqu’au bout. Bruno Retailleau ne tomberait pas dans le même travers.

Il est d’autant plus choquant de traiter, avec une forme de condescendance, les intentions de Bruno Retailleau que ce dernier a compris que la droite ne devait pas offrir qu’un mode d’emploi financier, économique et social mais s’emparer véritablement des enjeux de la sécurité et de la Justice et, surtout, prendre possession du champ culturel sous tous les registres. Ce qui signifie que la droite ne devrait plus être sur la défensive, en réaction, avec la honte de n’être pas dominante dans des domaines que la gauche s’est abusivement appropriés depuis des lustres. Il est temps, pour elle, de reprendre son bien.

Je rêve d’un avenir où le rapport de force serait transformé. La droite serait devenue si sûre d’elle-même, avec ses convictions si bien ancrées dans l’esprit public, avec liberté et autorité si bien accordées, que la pensée minoritaire et l’obligation de devoir se battre et résister pour transmettre son message seraient des affres de gauche.

Derrière les réticences, les procès intentés à Bruno Retailleau, il y a essentiellement la crainte qu’une droite fière d’être de droite, en n’ayant pas évacué tout ce qui risquait de déplaire à l’adversaire, porte atteinte à ce consensus délétère qui ne laisserait qu’aux extrêmes le droit de parler haut et fort à défaut de juste. Tout démontre que ce serait exactement le contraire : une droite identifiable et qui puisse apparaître comme une chance face au monde à la fois mou, si peu protecteur mais vicieusement rassembleur de la Macronie, aurait toutes ses chances.

En effet, je ne parviens pas à comprendre comment on pourrait espérer vaincre Emmanuel Macron et le RN, qui s’impatientent de ne pas être encore officiellement antagonistes, si on cherche à « coller » au premier et à ne pas battre en brèche le second par une puissante mais juste poussée conservatrice. L’un ne parle pas le régalien, le second le parle mal et n’entend rien au reste.

Contre Bruno Retailleau qui n’a jamais déserté LR – présumant le meilleur de ce parti ? -, il y a encore ce sentiment implacable, navrant, étrange, paradoxal, néfaste, masochiste et reposant : l’ambition de perdre.

Maudit soit celui qui met dans les têtes l’honneur et la charge de gagner !

Extrait de : Justice au Singulier

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