Editoriaux - Politique - Santé - 29 mars 2018

Toute relation sexuelle entre un médecin et ses patients bientôt interdite ?

Il fallait s’y attendre : les médecins sont la dernière en date des cibles des néo-féministes, lesquelles exigent – appuyées par quelques confrères médiatiques bien-pensants – l’inscription de l’interdiction de toute relation sexuelle entre un médecin et ses patients dans le Code de déontologie, branche du Code de la santé. C’est assez curieux, parce que cette prohibition figure depuis 2.400 ans dans le serment d’Hippocrate, dont le code est issu : “Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.” Comme en matière de lutte contre la délinquance ou l’islamisme, on retrouve chez ces moralistes la manie de vouloir ajouter une loi à celles qu’il suffirait amplement de bien appliquer. En réalité, on a tout ce qu’il faut dans les textes, mais souvent moins dans le pantalon.

Les éléments de la promesse rituelle que font les médecins en fin d’études sont d’ailleurs régulièrement corrigés en fonction des variations saisonnières du politiquement correct. Ma génération a ainsi juré de ne remettre “à aucune femme un pessaire abortif”. Mais comme l’image des ex-copains de Staline sur les photos officielles, cette formule a mystérieusement disparu du serment actuel… Et si l’on y trouve encore “je ne provoquerai jamais la mort délibérément”, ce n’est sans doute plus pour bien longtemps. Le serment d’Hippocrate échappe à la mode du durable, un peu comme la technique du bougnat pour étaler le beurre sur les sandwiches en deux mouvements : “Un coup je le mets, un coup je l’enlève…”

La vraie question n’est pas du domaine sexuel, mais de l’éventuel abus de position dominante sur la personne potentiellement vulnérable qu’est le patient. Autant il est abject qu’un psychiatre profite sexuellement de la détresse d’une patiente qui lui aura révélé tout son univers mental, autant on voit mal pourquoi il serait interdit à une femme en pleine possession de ses moyens de défense, et librement consentante, de nouer une relation affective avec le médecin qui vient de la soulager d’un bouchon de cérumen…

L’Ordre national, qu’on vit naguère découvrir avec une feinte indignation les barbouillis machistes des murs des salles de garde, ou poursuivre de sa vindicte ce confrère exprimant son scepticisme sur le mariage homo par la formule “une maman, des nichons ; un papa, des roustons”, semble aujourd’hui moins sensible à la mode. Il considère les textes actuels suffisants pour régler ce genre de problèmes, et qu’interdire toute relation sexuelle, même librement consentie, entre un médecin et son patient serait une “intrusion dans la vie privée de personnes libres et consentantes”, telle que défendue par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Dont acte.
Reste à espérer que Marlène Schiappa ne s’en mêle pas…

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