Editoriaux - Société - 7 juillet 2019

Tout s’achète, tout se vend, tout se loue : même sa piscine !

Ce matin, sur les réseaux sociaux, je suis tombée sur un genre d’annonce de particulier que je ne connaissais pas encore : « la location de piscine ».

La location de piscine privée me terrifie. Vous allez trouver que j’y vais fort. Après tout, tout s’achète et tout se vend. Donc, tout doit pouvoir se louer.

Elle me terrifie parce qu’elle me fait le même effet que l’abonnement proposé par La Poste pour rendre visite à vos parents qui sont loin de chez vous : vous savez, c’est ce service que nos facteurs rendaient gratuitement « à l’époque », avant que la logique de profit ne l’emporte.

Elle me fait le même effet que l’ouverture de la PMA qui mènera à la GPA, quand nous achetons des bébés sur catalogue (que nous pourrons, peut-être, rendre au nom du slogan : « Satisfait ou remboursé ! ») au même prix que des Porsche™ Cayenne, le tout avec la bénédiction de la loi…

Elle me fait le même effet que la monétisation de la page Facebook « Baby Sittor » : cette page qui mettait en relation des parents avec des babysitters de confiance par secteur géographique.

Elle me fait le même effet que ce Chinois qui a réussi à vendre de l’air en bouteille…

Cette marchandisation permanente de tout et n’importe quoi, ça ne vous effraie pas, vous ? Ne vous êtes-vous jamais demandé à quel moment nous avions troqué notre capacité du don sans retour contre une bourse remplie d’or ?

Le fait est que la mondialisation a incontestablement brisé le lien de la transmission, ciment de notre civilisation, nous rendant individualistes. Ajoutez un peu de multiculturalisme dans tout ça, un multiculturalisme qui monte littéralement les Français les uns contre les autres, les rendant méfiants, suspicieux, sur leur garde. Alors, on monte des murs en parpaing, derrière lesquels s’élève le pavillon sous alarme avec, évidemment, la piscine attenante. Piscine que l’on peut louer…

L’utilitarisme a littéralement fait voler en éclats la vraie solidarité, collant une étiquette de prix sur tout… absolument tout. Tout s’achète, tout se vend. Donc, tout se loue.

Alors, pourquoi pas la location de piscine ! Notre humanité se dissout dans le magma du grand effacement de notre identité. Nous ne savons plus qui nous sommes et encore moins où nous allons, car certains ont décidé que l’inconscience était préférable pour jouir de la vie sans ruine de l’âme. Et nous avons cédé, nous avons cédé au chant des sirènes de l’étourdissement et de la déresponsabilisation – des sirènes qui bronzent au bord de la piscine, ça va sans dire.

Résultat des courses : tu loues ta propre piscine privée. Tu ne la prêtes pas à des copains, non, tu la loues carrément parce qu’il n’y a pas de petit profit.

Donc, au nom de ce nouveau monde, louons nos aspirateurs Dyson™ à ceux qui n’ont pas les moyens de s’en acheter. Louons notre Q7 à ceux qui n’ont pas de véhicule climatisé et allons jusqu’au bout de la logique : louons notre progéniture une après-midi par mois parce qu’ils nous font suer. Louons notre amitié aux esseulés, louons, louons : il en restera toujours quelque chose.

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