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Coronavirus - Editoriaux - Santé - 23 mars 2020

Tous médecins !

Dorénavant, il ne s’agit plus seulement de régler les comptes, le fléau éradiqué, mais on sent monter au fil des jours une humeur partisane, bassement politicienne, dont je persiste à penser qu’elle nous détourne de l’essentiel qui est d’être solidaires et d’avoir confiance en ceux qui sont aux manettes pour notre santé et notre vie.

Certes, je suis heureux de la réhabilitation de Roselyne Bachelot et du constat que Xavier Bertrand a été exemplaire, lors de son mandat ministériel, sur le plan de la confection de masques puisque nous en avions à profusion jusqu’en 2013.

Je ne suis pas étonné, en revanche, quand on apprend qu’avec Marisol Touraine, le ciel s’est assombri et que des décisions aberrantes ont été prises, notamment de couper court à notre politique d’autonomie pour le matériel médical.

Je ne suis pas, non plus, totalement serein en relevant que des personnalités qui me semblent incontestables aujourd’hui – par exemple Olivier Véran et Jérôme Salomon – n’avaient pas pu ignorer l’état de notre impréparation si une épidémie survenait.

Dans le registre médiatique, alors qu’on se livre à une comparaison de mauvais aloi entre les « sachants » médecins le plus souvent sollicités, je ne peux pas dire que je suis marri de voir un Michel Cymes relégué et décrié par ses confrères et, au contraire, un Gérarld Kierzek apprécié par tous. J’ajouterais le professeur Philippe Juvin, qui a des excuses pour ne pas se mettre sans cesse en pleine lumière puisqu’au quotidien, il n’est que le patron du service des urgences à l’hôpital Pompidou !

Je vais oser mettre en rapport le fait que chaque Français, dans le domaine frivole du football, est un sélectionneur en chambre persuadé de pouvoir en remontrer à Didier Deschamps et que, face à l’ampleur tragique du coronavirus, chacun se pique d’être un médecin, pressé d’apporter ses lumières de profane et tellement sûr de lui-même qu’il se permet de juger, d’évaluer, d’arbitrer, de choisir ou de discriminer et, pire, de traiter avec condescendance les experts, les professeurs, les thérapeutes dont l’expérience professionnelle plaide pourtant pour eux et devrait conduire leurs contradicteurs à plus de modestie.

Mais faut-il considérer que les drames et les angoisses au quotidien sont tels que n’importe qui a l’impudence, l’arrogance et la conviction qu’on attend désespérément son avis et son point de vue ? Aussi bien sur les commentaires de mon blog que sur Twitter ainsi que dans la sphère de l’audiovisuel, je suis parfois effaré par la tonalité inquisitrice et stigmatisante d’opinions qui n’ont pour elles que d’avoir la liberté et l’irresponsabilité de l’amateurisme et de l’ignorance.

Tous les Français sont devenus médecins. Ils se disputent, s’affrontent, se contredisent, dénigrent, vitupèrent, se moquent, mettent en cause les prétendus incompétents au nom d’un savoir absent. Justiciers au petit pied, ils se parent d’une aura personnelle qui les légitimerait par essence. L’union nationale est d’abord dans cet unanimisme qui fait croire à chaque citoyen qu’on a besoin de lui et que les professionnels n’attendent que lui.

On les applaudit chaque soir à 20 heures, mais je vais finir par croire qu’on s’applaudit soi-même.

Extrait de : Justice au Singulier

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