Thomas Pesquet, notre gloire nationale, est donc parvenu à destination dans l’ISS après un voyage de 24 heures. Son nouvel habitat, la « Station spatiale internationale », est en réalité en orbite terrestre depuis vingt ans à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, occupée en permanence par un équipage et pilotée par la NASA américaine. C’est un laboratoire de recherche grand comme un stade de foot conçu essentiellement par les États-Unis et la mais qui fait l’objet d’un accord entre quinze pays : le , le Japon et 11 membres de l’Agence spatiale européenne, dont la France. Chaque pays membre a un droit d’utilisation de l’ISS qui se mesure à hauteur de l’investissement réalisé, ce qui représente environ 8,3 % de possibilités d’utilisation pour les Européens. La France consacre, chaque année, 300 millions d’euros par an à la station. C’est ainsi que notre Thomas Pesquet deviendra, pendant un mois, le premier commandant français, sur les six que durera son séjour. L’occasion, pour la France, de mener 200 missions scientifiques.

Élu cinquième personnalité préférée des Français, grand sportif, excellent communicant et bel esprit scientifique, Thomas Pesquet vend du rêve à ses compatriotes. Celui des étoiles et de la conquête du ciel. C’est un habile adepte des (son compte Facebook explose à plus de deux millions d’abonnés) qui réussit ce coup de génie de démocratiser la découverte de l’espace et de passionner ses contemporains.

Une conquête qui ne ressemble plus en rien à celle de nos aînés : celle de la bataille sans merci que se livraient la Russie et les États-Unis à l’époque de la guerre froide. Car c’est désormais la coopération internationale qui prévaut, avec une particularité nouvelle, caractéristique de notre époque : celle de l’intrusion extraordinaire d’acteurs privés qui se haussent au niveau des États et jouent le rôle de partenaires à part entière.

Disparu, le temps où on se moquait de ce chef de la start-up SpaceX au look débraillé, Elon Musk, qui, s’imposant à un congrès d’experts mondiaux à Washington, déclarait : « Salut à tous. Je m’appelle . Je suis le fondateur de SpaceX. Dans cinq ans, vous êtes morts. » C’était en 2006. Il y a 16 ans. Aujourd’hui, la même SpaceX est un partenaire incontournable de la grande NASA.

Grâce à ce coup de génie de son fondateur qui a su s’imposer grâce à la conception low cost de lanceurs de satellites réutilisables. Une économie extraordinaire pour les programmes spatiaux, d’autant que SpaceX est le seul à concevoir un engin réutilisable et qui décolle à la verticale.

Pour Elon Musk, ce n’est qu’un début : après avoir envoyé une voiture Tesla™ de sa conception en direction de Mars en 2017, il projette des voyages interplanétaires à bord de sa fusée StarChip. Il veut d’ailleurs « mourir sur Mars ». Mais il n’est pas le seul à se mêler de conquête spatiale : Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète compte bien faire partie de l’aventure. Grâce à sa compagnie Blue Origin, spécialisée dans les vols et équipements spatiaux, quitte à laisser les rênes d’Amazon. Après le tout numérique, le tout planétaire ?

C’est ainsi qu’en quelques décennies, la conquête de l’espace est devenue le nouveau terrain de jeu d’investisseurs privés. Avec, à la clef, la prise en main de secteurs ultra-sensibles comme les télécommunications par des géants du numérique qui ont vu, par ailleurs, leur fortune décupler à l’occasion de la crise du coronavirus. De quoi s’inquiéter pour l’avenir de la souveraineté des États menacée de dilution au profit de la suprématie de l’économie. Si on ajoute à cela l’immense ingérence de Facebook dans la politique américaine à la fin du mandat de Trump, on imagine sans peine ce que donnerait un Big Brother planant au-dessus de nos têtes…

26 avril 2021

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