Editoriaux - 13 février 2019

Taxes, impôts : tout le monde y va de sa petite idée…

Le pouvoir macronien est incorrigible. Alors que la fronde des gilets jaunes témoigne d’un ras-le-bol fiscal général, le gouvernement cherche à augmenter les impôts après avoir concédé, dans la panique, onze milliards. En effet, le déficit serait de 3,2 % du PIB en 2019, au-delà des 3 % imposés par Bruxelles, mais ces prévisions sont basées sur une croissance de 1,7 % en 2017, qui paraît bien aléatoire alors que l’Allemagne n’escompte qu’une faible progression de 1 % et que l’Italie est en récession.

En effet, contre toute logique économique, le pouvoir réfléchit à alourdir les prélèvements sans explorer la voie la plus sensée : baisser (intelligemment) les dépenses, comme a su le faire David Cameron, en Grande-Bretagne, en 2010. Tous, du ministre au Président, y vont de leur petite contribution dans ce concours Lépine de l’augmentation des taxes. On émet une idée, on teste les réactions. Si elles sont trop vives, on prétend que cette piste ne sera pas mise en pratique.

Emmanuel Macron a bondi sur la contribution d’un participant au grand débat qui proposait de taxer les plus-values sur la résidence principale, en se basant sur l’exemple de Bordeaux, où l’arrivée du TGV a fait augmenter le prix de l’immobilier. Mais 99,5 % du territoire n’est pas concerné par ce phénomène. En outre, l’impôt sur les plus-values immobilières est l’un des plus injustes qui soient : si on revend moins de cinq ans après l’achat, on n’a pas le droit de déduire les travaux engagés et on est donc taxé à 30 % sur le montant de ceux-ci ! Si vous avez acheté un bien 200.000 euros et que vous le revendez 216.000 euros après huit ans, soit le même prix que vous l’avez acheté compte tenu d’une inflation à 2 % (donc, vous n’avez fait, en réalité, aucun bénéfice !), vous paierez néanmoins 1.800 euros de taxes ! Selon Bruno Le Maire, ne seraient pas visés les logements à 100.000 ou 200.000 euros ! Ceux qui sont à 250.000 euros seraient-ils dans le collimateur ? Les classes moyennes seront-elles encore une fois sacrifiées ?

Quand, par ailleurs, certains reparlent d’instaurer un impôt sur les loyers fictifs pour les propriétaires de leur habitation principale ou d’augmenter l’impôt sur les successions. Gérald Darmanin suggère de baisser les niches fiscales (pas toutes !) pour les plus riches, c’est-à-dire les classes moyennes (ce qui revient à augmenter leurs impôts) mais il a été désavoué par Emmanuel Macron. On s’acheminerait plutôt vers une réforme du crédit d’impôt pour l’emploi à domicile, qui deviendrait une aide directe, mais rien ne garantit que la ristourne restera à 50 % et qu’elle ne sera pas réduite à 30 % ou 25 %, notamment si le gouvernement se contente de baisser les charges sociales. On parle, également, d’augmenter la surtaxe de 3 % sur les revenus soumis à la tranche de 45 % de l’impôt sur le revenu pour un montant de 700 millions. Reste la solution la plus cynique : remettre la taxe carbone ! Mme Brune Poirson vient de l’évoquer et d’autres ministres ont applaudi à cette suggestion, comme si le mouvement des gilets jaunes n’avait jamais eu lieu. Gain attendu : deux à trois milliards.

Le pouvoir prétend vouloir taxer les plus riches, mais quand on regarde de plus près les solutions évoquées, toutes (sauf une) s’appliqueraient sur les classes moyennes, voire sur l’ensemble de la population.

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