Taha Bouhafs, candidat aux législatives dans la 14e circonscription du Rhône, s’est finalement retiré, le 9 mai dernier. Accusé d’agressions sexuelles sur trois persomes, il a en effet jugé, avec les députés Mathilde Panot et Clémentine Autain, qu’il devait renoncer à se présenter.

C’est la députée Clémentine Autain qui a reçu le premier signalement samedi, car la victime a préféré s’adresser directement à elle, féministe engagée contre les violences faites aux femmes. Selon Mediapart, c’est une ex-petite amie de Taha Bouhafs qui a ouvert le bal en accusant le candidat d’agression.

En parallèle, Caroline De Haas, militante féministe, déclare avoir également reçu les témoignages de deux autres victimes, le 2 mai dernier.

Dans un communiqué posté sur Twitter, l’ancien candidat explique pourquoi il a dû abandonner son investiture. Il a « encaissé une tempête d’attaques sans précédent », avec « tous les jours une nouvelle calomnie ». rajoute lui aussi, dans un tweet : « Une meute s’est acharnée. À 25 ans, c’est lourd de vivre avec des menaces de mort et des mises en causes publiques quotidiennes. »

Le leader du parti a ensuite ajouté, dans un autre tweet, que « la parole des femmes doit être entendue sérieusement. Je compte sur la commission ad hoc de LFI pour établir la vérité. » C’est ainsi qu’une commission ad hoc, « le comité de suivi contre les violence sexistes et sexuelles », a été ouvert, mercredi 11 mai, pour régler l’affaire.

Les trois victimes ont choisi de saisir le comité plutôt que de directement porter plainte auprès de la Justice. L’affaire est donc en train d’être réglée en interne, sans tribunal ni plainte aucune.

Pour quelle raison cette affaire, grave et lourde en conséquences, devrait-elle être réglée seulement en interne et non auprès de la Justice ?

Un coordinateur des jeunes Insoumis d’une grande ville témoigne. « La règle numéro un de ce comité, c’est qu’on est là d’abord pour écouter, accompagner et aider la victime. » Il explique ainsi que le parti ne force personne à porter plainte et à avoir recours à la Justice. Dans cette affaire, les victimes ont choisi de saisir le comité de La France insoumise pour éviter la médiatisation et pour qu'aucun parti n'en profite pour faire de la récupération politique. « L’enjeu global de notre société, c’est de faire que la Justice puisse être saisie et efficace dans ces cas-là. » Mais, selon le jeune Insoumis, de trop nombreuses plaintes sont refusées et les victimes sont parfois mal accueillies dans les commissariats. « L’enjeu premier, c’est de l’aider. »

La saisine de ce comité a provoqué de nombreuses réactions à travers les réseaux et les médias. Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) s'est ainsi insurgé sur Twitter : « Si c’est aussi grave et bouleversant, saisissez la Justice, convainquez les victimes de déposer plainte, et surtout, arrêtez votre cinéma, c’est indécent. »

Un avis qui a été partagé plus de 1.000 fois et suivi de plusieurs autres tweets similaires. Claude Weill, journaliste et écrivain, s’exprime à son tour sur le sujet : « LFI jouit-elle d’un privilège de juridiction, comme l’Église au Moyen Âge ? […] c’est à la Justice de la République d’enquêter. »

Boulevard Voltaire a sollicité l'avis d'Andréa Kotarac, ancien élu de La France insoumise qui a rejoint le il y a deux ans. Il nous livre un regard de juriste, plus qu’un regard de politique : « Tout ça me paraît tellement flou. » « Si les faits sont graves et avérés, il faut saisir la Justice. » Comme beaucoup, l’élu du RN se demande quelle est la légitimité du comité : qui y siège, quels en sont les statuts ? Et de souligner que les autres partis n’ont pas mis en place de comité pour se faire justice en interne. Encore une fois, c’est un droit que La France insoumise s’accorde, se considérant peut être plus qualifiée que la Justice elle-même ?

La légitimité de ce comité est d’ailleurs remise en cause par un article de Libération qui évoque l’article 40 du Code de procédure pénale. « Toute autorité constituée […] qui acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenue d’en donner avis sans délai au procureur de la République. » L’avocat Vincent Toledano écrit, dans sa tribune, que cet article « concerne aussi les élus ».

Cette affaire arrive au moment où la NUPES dévoile ses candidats dans les 328 circonscriptions où elle se présente. Un rebondissement qui arrive alors qu'il y a cinq jours, le communiste Fabien Roussel avait demandé de revoir l’investiture de Taha Bouhafs, car ce dernier avait été condamné pour injure raciale après avoir qualifié la syndicaliste policière Linda Kebabb d’« Arabe de service » en 2020.

12 mai 2022

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