Editoriaux - Politique - 16 juin 2019

Syndicats de police : la tribune de la dernière chance

La police nationale vit un profond malaise. Et même si ce malaise ne date pas d’aujourd’hui, et remonte maintenant à plusieurs années, il s’est profondément aggravé, en particulier à l’occasion de la crise des gilets jaunes. En effet, les événements vécus par les policiers, au cours de ces derniers mois, ont mis en évidence la fragilité d’une institution qui n’a pas su se remettre en question alors que tout changeait dans notre pays. Et c’est, sans doute, forts de ce constat que quatre responsables syndicaux représentant les commissaires, les officiers et les gradés et gardiens de la paix ainsi que les adjoints de sécurité viennent de publier une tribune dans le Journal du dimanche (JDD).

Ce texte, véritable appel au secours de ceux qui sont en charge de notre sécurité, ne doit pas et ne peut pas laisser indifférents ceux qui nous gouvernent. D’abord, parce que cette démarche collégiale, exceptionnelle au sein d’une corporation où les clivages hiérarchiques restent profondément présents, marque, à elle seule, l’urgence qu’il y a, pour le pouvoir politique, à entendre enfin ce que les policiers ont à dire sur leurs métiers, leurs missions et les conditions dans lesquelles ils les exercent. C’est un fait que, depuis 2016, et l’émergence d’un mouvement des « policiers en colère », rien n’a vraiment été fait pour trouver des solutions aux problèmes de fond que rencontrent les forces de l’ordre. Ensuite, parce que la situation sécuritaire dans notre pays n’a jamais été aussi dégradée. Et c’est face à une menace bien réelle que les responsables syndicaux signataires de cette tribune en appellent au ministre de l’Intérieur « avant que les événements aient raison d’une institution dépassée », tant ses modes de fonctionnement sont devenus inadaptés. Enfin, parce que l’image de la police nationale, qui s’est fortement dégradée du fait des violences exercées lors des manifestations des gilets jaunes, doit retrouver son lustre dans le cœur des Français. Une nouvelle proximité avec nos concitoyens doit être reconstruite.

C’est donc à un vaste chantier de rénovation et de modernisation de la police qu’appellent les policiers. À une réflexion en profondeur sur son organisation et ses structures. À une reconnaissance des différents « métiers » exercés au sein de la police nationale par des femmes et des homme qui, dans leur immense majorité, donnent le meilleur d’eux-mêmes, parfois au préjudice de leur vie personnelle et familiale. Ils appellent également à sortir de la disette budgétaire qui mine cette administration depuis trop longtemps afin de pouvoir travailler dans des conditions dignes d’une grande démocratie.

Mais il est évident que cette transformation profonde de la police nationale ne pourra s’opérer seule. Il faut, aussi, que les responsables politiques actuellement en place repensent de fond en comble leur façon de concevoir la sécurité intérieure. Qu’ils acceptent, enfin, de voir la réalité en face et reconnaissent l’urgence sécuritaire dans laquelle nous nous trouvons. Il est, également, indispensable que la Justice s’adapte à ces nouveaux défis et qu’elle fasse évoluer ses pratiques pour ne pas annihiler, par ses décisions, tout le travail accompli en amont par les forces de l’ordre. Enfin, il est grand temps d’admettre que d’autres agents, à l’instar des policiers municipaux, doivent désormais occuper toute leur place dans le schéma sécuritaire global dont doit se doter notre pays.

Oui, c’est la police de demain qu’il faut réinventer dès maintenant. Et pour cela, il faut écouter les policiers, mais aussi les Français sur ce qu’ils ont à dire sur la façon d’envisager leur sécurité. C’est à cette grande entreprise collective qu’il faut s’atteler en urgence.

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