Le 19 décembre, Manuel Valls, ancien ministre de l'Intérieur et ancien Premier ministre de François Hollande, était l'invité de Sonia Mabrouk sur Europe 1. Il y a notamment parlé de l'immigration, qui est l'un des sujets majeurs de la campagne présidentielle. Accueil poli, questions toujours à propos de la présentatrice : c'est le week-end, émission confortable, juste assez de rebondissements pour ne pas laisser tomber sa tasse de café. Manuel Valls a soigné son allure : comme souvent, c'est à sa nouvelle apparence que l'on devine ses nouvelles idées. Ce sont les habits neufs de l'ambition.
Valls a commencé par être habillé comme un socialiste classique : costume beige trop large, chemisette violette, le look « inspecteur d'académie votant à gauche ». C'était quand il était maire d'Évry. Dans sa période autoritaire, il est passé du côté macroniste de la sape : costume bleu trop petit, chemise blanche au col rachitique, le look « commercial maniéré en Grande Couronne ». Le voici maintenant plutôt chic - presque sénatorial, la rosette de la Légion d'honneur sur le canapé argent et or des grands officiers, apaisé dirait-on ; le look « patron de PME en Pays de Loire ». Ce ne sont que des images, hein, pas question de stigmatiser.
Question propos, là aussi, habits neufs. La gauche pense depuis longtemps que Valls est un « facho », parce qu'il donne de petits coups de menton de temps à autre. La aussi, puisque c'est lui qui a fait lancer les gaz lacry contre les manifestants de à l'époque de la loi Taubira. Il lui a donc fallu naviguer à vue. « Avons-nous besoin de plus d'immigrés ? Rien ne le démontre », commence ce « fervent partisan de l'assimilation ». Avant de dérouler quelques mesures de bon sens : renvoi des déboutés du droit d'asile, politique de quotas, fin des abus des « étudiants » étrangers, suspension du regroupement familial et des mariages... L'ancien maire d'une ville métissée déroule un programme que ses interviewers rattachent à la « ligne Pécresse ». Il lit beaucoup son texte : l'âge, peut-être.
Fine mouche, Sonia Mabrouk lui fait observer qu'elle a l'impression d'entendre quelqu'un qui n'est pas « retraité de la politique » mais a de véritables intentions, sans discerner « dans quel gouvernement ». Manière élégante et aimable de rappeler à Manuel Valls qu'à la prochaine révolution, il retourne sa veste, comme l'opportuniste de Jacques Dutronc.
L'absence de vergogne est décidément quelque chose de fascinant. On en viendrait presque à regretter que Valls n'ait pas mis en œuvre ce programme lorsqu'il était aux affaires, tandis qu'il souhaite doubler le nombre de naturalisations. Que n'a-t-il eu ces bonnes idées avant sa traversée de la sierra Nevada, lors d'un épisode catalan qui le confronta une nouvelle fois à l'échec ?
À la fin du grand film d'un pourri, Xav Maréchal (Alain Delon) explique sobrement à sa maîtresse (Mireille Darc) à quoi ressembleront les retombées politiques du scandale qu'il vient de déterrer. « Certains vont connaître une traversée du désert - au pas de course, rassure-toi. Quand ils reviendront, ils se seront fait le masque républicain, comme les vieilles putes se font retendre les fesses. » C'est à Michel Audiard que je laisse donc le mot de la fin.

21 décembre 2021

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