Le Premier ministre Jean Castex l’a annoncé : l’État va rembourser 15 centimes à tous les utilisateurs pour chaque litre de carburant consommé, cela durant quatre mois. Une réduction du prix de l’essence au moment où le litre dépasse la barre des deux euros, aucun Français ne peut s’en désoler, à part, peut-être, quelques écologistes vraiment doctrinaires et anti-voitures. Pour les autres, économiser 9 euros sur un plein de 60 litres, ce n’est pas rien. La mesure va soulager ceux qui roulent le plus - les routiers, les taxis, les habitants des grandes banlieues - et surtout ceux qu’on oublie toujours : les habitants des petites villes de l’Hexagone et des campagnes, ces Français qui roulent beaucoup pour faire leurs courses, pour travailler, pour aller à l’école et pour vivre tout simplement. Il n’y aura que les habitants des centre des grandes agglomérations pour lesquels ces 15 centimes ne changeront rien, puisqu’ils roulent très peu et, d’ailleurs, de moins en moins.

De là à remercier en pleurant l’État, le Premier ministre et le président de la République, il y a un pas. On préférera saluer le coup d’un « chapeau l’artiste » ! Car le pouvoir ne manque pas de culot lorsqu’il présente cette baisse comme un généreux cadeau de deux milliards d’euros. La vérité, c’est que Jean Castex rend aux Français le supplément des revenus de l’État générés par la toute dernière hausse du carburant, celle qu’on enregistrera durant ce premier semestre 2022. Mais il conserve le reste, et le reste, c’est énorme. On le sait, le prix du litre à la pompe, c’est environ 60 % de taxes. Si l’État cessait, demain, de taxer le carburant, nous payerions le litre de gazole ou d’essence un peu moins de… un euro. Une partie de ces taxes sur le carburant est calculée au pourcentage : donc, plus l’essence monte, plus l’État encaisse d’argent sur ces impôts indirects, quoi qu’en dise Jean Castex. Ces impôts ne dépendent pas du revenu et sont donc particulièrement injustes pour les Français. Injustes et lourds ! En 2021, l’une des taxes sur le carburant, la TICPE, a rapporté à elle seule plus de 20 milliards d’euros ; c’est la quatrième source de revenus de l’État.

Surtout, difficile de ne pas voir sous cette mesure quelques arrière-pensées moins nobles… Le gouvernement a de la mémoire. L’épisode des gilets jaunes qui s’était déclenché sur les radars et le 80 km/h a fait trembler dans les palais du pouvoir, cette jacquerie a laissé des traces. Emmanuel Macron et le gouvernement ont compris que l’automobiliste-vache à lait pouvait, à l’occasion, donner des coups de corne. Donc, on montre qu’on s’en occupe, qu’on fait des gestes. C’est le premier objectif. Et si on peut, en plus, pêcher quelques voix, c’est mieux. Alors, Macron égrène désormais les bonnes nouvelles comme autant de cailloux blancs sur le chemin des urnes : la veille du jour où les masques tombent, comme dans une série Netflix, le prestidigitateur Macron annonce donc l'épisode suivant. Le remboursement des 15 centimes par litre démarrera le 1er avril : on sera à dix jours du 1er tour de l’élection présidentielle. La mesure se prolongera jusqu’à fin juillet : elle enjambera donc le premier, le deuxième tour de la présidentielle et les élections législatives en juin. Ça tombe vraiment très, très bien… Le 1er avril, c’est le jour des blagues, mais cette blague des 15 centimes ne fait pas tellement rire les partis d’opposition, qui dénoncent une mesure électoraliste.

Ils n’ont pas tort. Pendant toute cette période, nos stations-service afficheront les prix du carburant avant la remise des 15 centimes et, à la caisse, le pompiste nous remettra un ticket qui indiquera précisément le montant du cadeau du gouvernement. On n’aura plus qu’à sourire et à dire merci… La ficelle est un peu épaisse, mais Emmanuel Macron a eu l’occasion de le vérifier souvent en cinq ans : plus c’est gros, mieux ça passe !

Quand le mépris, le sans-gêne et le machiavélisme gouvernent l'État...

14 mars 2022

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