[STRICTEMENT PERSONNEL] Quand l’homme est un loup pour… la femme
« Jeanneton prend sa faucille/Pour aller couper du jonc... » En chemin, la jeune fille rencontre « quatre jeunes et beaux garçons ». Le premier, « encore timide, lui caresse le menton ». Le second, « un peu moins sage », l’allonge sur le gazon. Le troisième, « encore moins sage », soulève « son blanc jupon ». « Ce que fit le quatrième/N’est pas dit dans la chanson… » Enfant, il m’est arrivé de fredonner les paroles, sans doute édulcorées, de cette chanson gaillarde et paillarde, composée à l’aube de la Révolution, sous la lumière expirante d’un siècle licencieux, et devenue avec l’âge une bonne vieille comptine. On en connaît encore aujourd’hui les deux derniers couplets, dont le cynisme tranquille n’est plus au diapason de notre époque, à la fois débraillée, pire exhibitionniste et puritaine, voire répressive : « La morale de cette histoire/C’est que les hommes sont des cochons… La morale de cette morale/C’est que les femmes aiment les cochons. »
« Aiment les cochons », vraiment ? Dans le climat actuel, les « quatre jeunes et beaux garçons », évoqués plus haut, feraient l’objet d’une plainte en bonne et due forme déposée par la gentille Jeanneton et seraient, en dépit de leurs protestations (« elle était consentante »…), poursuivis et probablement condamnés pour agression sexuelle et viol en réunion.
Bruel, hier intouchable, aujourd'hui infréquentable
Autres temps, autres mœurs. D’un excès l’autre, en sens contraire ? Hier encore, les femmes qui avaient le courage de se présenter dans un commissariat ou poussaient l’audace jusqu’à saisir la Justice avec l’assistance d’un avocat, pour se plaindre d’avoir été brutalisées, en paroles ou en actes, battues, forcées, violées, ne rencontraient que l’incompréhension, la raillerie, la suspicion, et étaient renvoyées sans égards à leurs casseroles, à leur foyer, à leur silence, à leur soumission, à leur solitude. Une doxa inverse est en voie de s’installer. Une femme qui se plaint doit être écoutée – soit –, entendue – bien sûr – et crue. Une femme, c’est bien connu, ne ment jamais. Et, d’ailleurs, pourquoi les femmes aimeraient-elles les cochons, les prédateurs, pourquoi devraient-elles accepter la lourdeur, l’agressivité, la domination sans partage des mâles, subir, souffrir, mourir sous les assauts, les coups, la violence déchaînée de brutes ou d’assassins. MeToo a lancé l’offensive et occupe désormais le terrain. On n’aime pas son porc. On le balance.
Fort de son évidente notoriété, de son incontestable popularité, de sa longue impunité, Patrick Bruel vient de rejoindre à grand fracas la cohorte de ceux qui, hier intouchables, sont aujourd’hui infréquentables, tels des lépreux ou des pestiférés, qui, de la statue, de la stature et du statut de dieux vivants, sont désormais passés à l’état de zombies, de fantômes, de spectres condamnés à la mort sociale par une société aussi impitoyable qu’elle l’a toujours été envers ceux qui sont tombés de leur piédestal pour se retrouver dans le ruisseau, le caniveau, l’égout. PPDA, DSK, Depardieu, Polanski, Woody Allen : la liste est déjà longue ; elle n’est pas close. Elle est constamment alimentée par de nouveaux noms, par de nouvelles révélations, pour le plus grand plaisir, la plus grande joie des vertueux malgré eux, des envieux, des ratés, dont le bonheur est fait du malheur des heureux, de la faillite des riches, de la chute des puissants. « Souvent en un moment un empire s’écroule/Au milieu des éclats de rire de la foule. »
Entendons-nous. Si Patrick Bruel est aujourd’hui accablé, c’est d’abord parce que son dossier est accablant. La multiplicité, la précision, la convergence des accusations et des accusatrices, quelles que soient leurs motivations, ne laissent que peu de place au doute. Comme d’autres avant lui, Bruel est tombé dans le piège doré qu’il a patiemment tissé et ourdi avant d’en être le premier prisonnier. Lorsque, tous les soirs à la sortie du spectacle ou du concert, une foule d’admiratrices pâmées hurle « Patriiiiick » et lui donnent à croire, jours après jour et preuves à l’appui, qu’elles sont prêtes à lui faire don de leur personne, la tentation ne cesse de croître, et l’on finit par y céder, de croire que, puisque tout vous est offert, tous vous est dû, puisque tout vous est permis et que le seul embarras que l’on rencontre désormais est celui du choix. Plus dure sera la chute…
« Je sais, a déclaré Bruel, lucide, que ma carrière est finie. » Il est d’ailleurs permis de s’étonner, au moment où j’écris ces lignes, que les représentations de la pièce où triomphe chaque soir Bruel, au théâtre Édouard VII, l’interprète de Qui a le droit ? n’aient pas encore été troublées, interrompues ou sabotées par une quelconque ligue de vertu ou de vengeance.
L’homme est à terre. Pas seulement Bruel.
Mais l’homme en général, et l’homme occidental en particulier, chancelant désormais sur le socle qui a été si longtemps l’assise de sa domination millénaire. La femme, si longtemps humiliée, rabaissée, exploitée, soumise et dépendante, a brisé ses chaînes et prend aujourd’hui sa revanche, au sein des pays évolués et décadents qui constituent ce que l’on appelle encore, par habitude, l’Occident. Alors que l’antique suprématie du mâle aimé ou supporté, ébranlée, minée, contestée, ne cesse de s’effriter, des militantes féministes que je qualifierais par politesse de visionnaires dénoncent la menace que feraient peser sur elles et sur la société le péril, le danger, le surgissement… du masculinisme. L’homme, prétendent-elles, reprenant et détournant la formule archiconnue du philosophe Hobbes, l’homme, cette chose velue, poilue, fruste, despotique et nuisible, serait un loup pour… la femme. Pauvre homme, pauvre loup, la tête basse et la queue entre les jambes, qui ne sait plus où est sa place et qui se fait de plus en plus petit pour demander pardon, il ne sait même plus de quoi, mais seulement qu’il est coupable, et que tout est de sa faute. On n’a plus besoin de lui pour fonder un foyer. Bientôt, on n’aura plus besoin de lui pour fabriquer des enfants. Quand il n’y a plus de famille, qu’advient-il du chef ?
Un jour qu’il était d’humeur chagrine, Alfred de Vigny a écrit, dans La Colère de Samson, ces lignes qui se voulaient prophétiques : « La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome/Et se jetant de loin un regard irrité/Les deux sexes mourront chacun de son côté. » À en croire Aragon, « le poète a toujours raison ». Souhaitons, pour une fois, qu’il ait tort.
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40 commentaires
La « place des grands hommes » a oublié les femmes!
Ce que je ne comprend pas, est que ces abus dateraient depuis quelques années, et maintenant on trouve des tas de femmes qui se sont réveillées un matin en disant je vais porter plainte ?? contre P. Bruel C’est quoi ? Je p?ose la question..
D. Jamet se laisse aller. Il est plus attentif à la semantique habituellement. “dé fortes présomptions” aurait été plus adaptée. La vieillesse ?
Un dossier peut être dit accablant sans que la présomption d’innocence soit mise en cause.
Le dossier de Landru était aussi accablant avant de
comparaître prèsume innocent.
J’avoue être désagréablement surprise d’un tel article dans BV. A savoir, à charge et faisant fi de la présomption d’innocence.
« Si Patrick Bruel est aujourd’hui accablé, c’est d’abord parce que son dossier est accablant » dit M. Jamet pour lequel accusation semble bien signifier culpabilité.
Je rejoins l’avis de Patalb :
« Il n’ y a aucune nuance dans l’article de Dominique Jamet. Il condamne, sans preuve. C’est un article d’inquisiteur. »
Et une telle façon de voir les faits ouvre la porte au pire, comme dans l’exemple qu’il donne.
Le pire de tous les viols est le viol conjugal.c’est le viol légal basé sur un chantage… » si tu ne veux pas ce que j’exige je vais voir ailleurs »
Il faudrait réviser les règles du mariage dont le fondement n’est pas le sexe mais l’éducation des enfants la confiance et l’entraide dans les moments difficiles. . Il faudrait cesser d’idéaliser et sacraliser les rapports sexuels jusqu’à en faire un but d’épanouissement personnel. L’homme n’est pas une machine et la femme son objet de jouissance. Imposer ses volontès et ses désirs dans le mariage est une forme de domination .legale.
.
Le mieux est de, carrément, supprimer le mariage.
Entièrement d’accord !
Dans vos citations, vous avez oublié “l’homme propose, la femme dispose”, et s’il est vrai que l’homme a souvent usé de sa force physique et des pouvoirs que lui donnaient celle-ci, dans l’administration de la société, la femme ne fut guère en reste pour atteindre ses objectifs par le jeu de la séduction. La littérature mondiale est un ferment de cas tragiques de l’enfermement de la femme dans des situations désespérées, je pense entre autre a « Tess d’Uberville » de Thomas Hardy. Maintenant, en ce qui concerne notre époque récente, et avant que nos mœurs furent, à nouveau, chamboulés par d’autres civilisations, rappelons-nous les foules hystérisées de jeunes filles devant leurs idoles, issues surtout du monde du spectacle, de la musique, du rock, de la variété…ou des « maitres spirituels », le phénomène « groupies », essentiellement féminin dans son expression et démonstration, jeunes filles de bonne famille, prêtes à tout pour avoir le bonheur d’être gratifiées d’un moment avec leur idole. Il suffit de lire, entre autre, Keith Richards, « life » ou « ma vie avec les Rolling Stones » pour en avoir un arrière goût. Et bien sûr, certaines devinrent célèbres…..ont la mémoire courte et à géométrie variable, en pensée, en action mais pas en rémission !
Je désapprouve bien évidemment les mauvais comportements masculins, mais je constate que #Metoo et la baisse des naissances sont simultanés. Et pour bien connaitre de jeunes hommes trentenaires hétéros, je constate qu’il ne vont jamais plus loin dans l’engagement que le rôle de « sex friends ». Quand on cherche le pourquoi, la synthèse de leurs réponses est « toutes des chieuses ». Et certains d’entre eux vont chercher des compagnes en Asie ou dans les pays de l’est.
Nombre de commentateurs évoquent les fans de stars, dans le cas présent, celles de Bruel, en écartant ou en oubliant les témoignages de celles qui disent avoir été agressées dans l’exercice de leur profession, dont des masseuses, maquilleuses, etc… Témoignages qui font penser aux plaignantes de Depardieu, pas uniquement des actrices ou des starlettes, mais des petites mains. J’ajoute que je n’ai aucun mal à ajouter foi aux accusations de ces femmes parce qu’à l’instar de beaucoup de femmes j’ai eu à subir, non pas le viol, mais des abus, des pressions, des propositions, de la part de supérieurs hiérarchiques, notamment, au début de ma carrière, alors que je n’étais pas encore titulaire. Le parcours de vie d’une femme est jalonnée d’agressions sexuelles, à des degrés divers, qui vont des propos, aux gestes et quelquefois jusqu’au pire… L’actualité démontre qu’une femme est souvent une proie, de l’enfance jusqu’à sa vieillesse, hélas. Et, évidemment, l’homme blanc n’est pas le seul coupable !
C’est bien triste ce que vous dites, Madame , surtout pour un homme qui a toujours respecté les femmes , qui , heureusement le savent ….
Désolée de vous causer du chagrin. Je ne fais pas le procès des hommes. Rassurez-vous, j’ai toujours été attirée par eux, je les aime et je sais que certains savent faire preuve de délicatesse. Merci d’appartenir à cette catégorie. Mais nier qu’il y a beaucoup de goujats serait nier la réalité. Je m’en tiens aux faits.
Ce tribunal médiatique qui cloue au pilori, bafouant la présomption d’innocence et s’erigeant en juges, est odieux. Que la justice fasse son travail.
Permettez-moi de rectifier, il ne s’agit pas uniquement des médias, mais de témoignages concordants de femmes qui ne se connaissent pas ! L’hypothèse du complot est donc à écarter. Et pour rappel, des plaintes de ces femmes, déposées il y a plusieurs années, ont été classées sans suite. Les plaintes pour viol étaient recueillies par des policiers, hommes pour la plupart, goguenards, et les victimes étaient traitées jusqu’à il y a peu, par le mépris !
« C’est le fondement même du combat de Voltaire dans l’Affaire Calas : la justice exige la raison, le temps et la preuve, jamais l’emportement de la multitude.
La vraie démocratie commence là où l’on refuse de lyncher celui que la meute désigne, là où l’on a encore le courage de dire : « Je ne sais pas, donc je ne condamne pas ». Une société qui accepte que le soupçon suffise à détruire un homme prépare sa propre servitude. Et une société où les amis n’osent plus être amis n’est plus une société libre. »
R. Abitbol
Les « Enfoirés » sont de la curée.
Ce mec est dangereux » : les révélations des équipes des Enfoirés sur Patrick Bruel
« Mediapart a rassemblé une dizaine de témoignages sur le comportement de Patrick Bruel au sein de la troupe des Enfoirés. »
Ces gens là me font froid dans le dos. Eux sont assurément très dangereux, condamnant un homme à la mort sociale sur des soupçons et des accusations sans preuve.
Elle est belle, la soi-disant grande famille du showbiz !