C’était le 21 septembre dernier. La France en émoi voyait apparaître sur les écrans le visage encore poupin et garni d’un œil au beurre noir d’une jeune femme de 22 ans, Élisabeth, étudiante à Strasbourg. Elle racontait avoir été agressée en pleine rue trois jours plus tôt, vers 14 heures, au motif qu’elle portait une jupe. Elle s’était rendue au commissariat pour porter plainte, et plainte également sur les réseaux sociaux contre cette société machiste et sexiste dans laquelle nous vivons.

Ils étaient trois, dit-elle, des hommes qui l’auraient empoignée et frappée : « Un des trois hommes me dit “Regardez cette pute en jupe”. Je me permets de répondre “pardon ?” Là, ils me répondent “Tu te tais, salope, et tu baisses les yeux”. Deux m’attrapent chacun par un bras et le troisième me donne un coup de poing au visage. Et après, les trois s’enfuient », rapporte-t-elle à France Bleu.

Une vague d’indignation soulève le pays. Marlène Schiappa monte au créneau : Anne, ma sœur Anne, vois-tu des filles en jupe ? L’ex-ministre annonce aussitôt que 80 « intervenants sociaux » supplémentaires seront recrutés d’ici fin 2021 dans les commissariats et gendarmeries pour « renforcer l’accompagnement » des femmes victimes de « violences sexistes et sexuelles » à .

Sommée d’élucider au plus vite cette affaire gravissime pour la paix sociale et genrée, la police se met au boulot. Pendant ce temps, la réponse s’organise. Partout, on manifeste. Ici même, à Toulon, samedi dernier, une horde vociférante et plus que courtement vêtue arpentait le centre-ville aux cris de « Toutes en jupe ».

Les policiers ont cherché, scruté, visionné… 50 heures de vidéo, « un travail colossal pour une affaire comme celle-là », dit l’un d’eux à France Info. Ils n’y ont rien trouvé qui corrobore les dires de la jeune femme. L’appel à témoins n’a rien donné non plus alors qu’elle affirmait qu’une quinzaine de personnes avaient assisté à la scène, la laissant seule face à son sort funeste : « C’est ce qui me révolte le plus dans l’histoire », disait-elle à France Bleu. Quai des Alpes, à 14 heures, il y a du monde… Oui, mais voilà, l’étudiante n’est plus sûre que l’agression se soit produite là. Elle pense même qu’elle s’est trompée, que c’était à côté de son domicile… Bref, elle ne sait plus, et puis quoi, quelle importance, hein ?

L’ayant vécu, je peux témoigner qu’on n’oublie pas le lieu d’une agression. C’est le genre de chose qui vous reste bien gravé dans la cervelle. La police, qui n’a pourtant pas que cela à faire, continue de chercher, en vain pour l’instant.

D’aucuns, des mauvaises langues assurément, cherchent aussi dans la vie de la jeune femme. Découvrent qu’elle milite dans le groupe Stras Défense, un « collectif controversé créé cet été sur Facebook qui lutte contre le harcèlement de rue et se présente comme apolitique ». C’est un groupe d’autodéfense qui organise des rondes de nuit. Alors, il faut bien trouver de la matière, c’est-à-dire des agresseurs.

Libération trouve à ce groupe « des inclinations droitistes » (sic), ce qui le rend éminemment suspect, forcément.

Il est à craindre que la politique n’ait que peu à voir dans l’affaire. Certes, les anti-jupe et, plus généralement, les mâles à la mentalité de maton se recrutent plus couramment dans une frange de la population qu’il ne faut pas citer ici, mais nous vivons aussi, hélas, dans une société où la victimisation est élevée au rang de vertu cardinale. Tout particulièrement, ces temps-ci, la victimisation des femmes.

MeToo, moi aussi je veux en être… « Je souffre, donc j’existe » est devenu, en quelque sorte, un projet de vie. C’est malheureusement la voie ouverte en grand à la surenchère et la paranoïa. De là à penser qu’Élisabeth est davantage victime de l’air du temps que de harceleurs…

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