« Le motu proprio ne vous concerne pas. » C'est par ces mots étonnants que le pape a accueilli à la villa Sainte-Marthe, à Rome, l'abbé Paul-Joseph, supérieur de la Fraternité Saint-Pierre en France, et l'abbé Ribeton, recteur du séminaire de la Fraternité Saint-Pierre.

Le 16 juillet dernier, la publication du motu proprio avait retenti comme un coup de tonnerre dans catholique, au-delà des sphères traditionnelles : abrogeant le motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI, qui avait élargi en 2007 les conditions de célébration de la Tridentine, ce nouveau motu proprio limitait l'usage du missel ancien pour les sacrements à un nombre très restreint de paroisses, dites « personnelles ». De facto, il signait à terme l'arrêt de des séminaires des instituts dits ecclesia dei (FSSP, Bon Pasteur, Christ Roi...) - à quoi bon ordonner des prêtres sans perspective de sacerdoce ? - et mettait un terme au développement du rite traditionnel. Le 18 décembre, le Vatican avait en sus publié une responsa ad dubia, précisant de façon très stricte et sévère les conditions d'application. Bref, l'avenir apparaissait bien sombre pour les paroisses « cathos tradis » : quid de la dominicale et des ordinations, mais aussi des baptêmes, des confirmations, des mariages... certains fidèles, parmi les plus jeunes, envisageaient d'aller manifester sous les fenêtres du nonce ou des évêques. Des mères de prêtres se préparaient à partir à Rome en pèlerinage, tirant derrière elle une cariole remplie de lettres de fidèles qu'elles projetaient de déposer comme autant de suppliques aux pieds du pape.

Du côté du clergé, c'était aussi la consternation. Fin décembre, l'abbé Paul-Joseph et l'abbé Ribeton se sont donc décidés à écrire au pape pour exprimer leur désarroi. À leur grande surprise, celui-ci, visiblement touché par leur courrier, leur a aussitôt téléphoné pour leur proposer de le rencontrer. Selon les intéressés, l'accueil a été d'une « grande bienveillance ». Samedi, ils ont reçu le décret signé de la main du pape confirmant, pour les instituts, l’utilisation des livres liturgiques anciens.

Signé le 11 février, jour de la fête des apparitions de Lourdes, ce décret sonne, pour les « tradis », comme un petit miracle. Même si toutes les interrogations ne sont pas résolues : si ce motu proprio ne leur était pas destiné, à qui donc s'adressait-il ? Quel accueil lui réserveront les évêques ? Faut-il le voir comme un retour au motu proprio de Benoît XVI Summorum pontificum ou comme une dérogation miséricordieuse au récent motu proprio du pape François  ? Est-ce la crainte d'une hémorragie vers la Fraternité Saint-Pie-X qui a motivé cette volte-face ? Cette mesure aurait-elle été prise au vu des réactions, du dynamisme de ces paroisses difficilement biffables, aujourd'hui, d'un trait de plume ?

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21 février 2022

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