Il fallait débrancher Véran, disions-nous, il y a une semaine, en appelant à l’intervention de Fabrice Luchini. C’était avant l’épisode marseillais. L’exécutif, devant la révolte qui soufflait du Sud, a opéré le débranchement en sautant sur l’attaque au couteau, qui, tout d’un coup, a volé son prime time au couple Véran-virus. Toutes les attaques au couteau de l’été n’avaient pas eu ce pouvoir. Il faut croire que l’heure était grave pour le gouvernement pour que l’ordre des priorités médiatiques soit ainsi renversé. Et hop ! et la guerre contre le terrorisme ont supplanté la guerre contre le virus.

Il est vrai qu’un sondage qui venait de tomber indiquait, pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, que les Français ne faisaient pas confiance au gouvernement pour la traiter et s’opposaient même à l’une des mesures prises. Selon ce sondage Elabe pour BFM, 65 % des Français ne font pas confiance au gouvernement ; 56 % estiment que la crise est mal gérée et 53 % s’opposent même à la fermeture des bars et restaurants imposée à Marseille et à la Guadeloupe. Preuve que la décision a irrité plus que dans le Sud-Est.

Par ailleurs, d’autres sondages montrent que les Français ne sont pas inconscients, qu’ils sont inquiets de la reprise de l’épidémie et sont même prêts à accepter de nouvelles mesures de restriction. Mais pas à n’importe quelles conditions. Ainsi cette enquête IFOP pour le JDD parue ce dimanche montre que 72 % des Français sont prêts à un reconfinement local de 15 jours. Mais plus de 75 %, dans le sondage Elabe, refusent un reconfinement national.

Enfin, une dernière enquête pointe le rôle néfaste des médias qui ont suivi le gouvernement dans sa dramatisation de la crise. Ce sondage ViaVoice pour France Télévisions révèle que 60 % des Français jugent que « les médias parlent trop de la pandémie » et 75 % que « les médias ont alimenté la peur du virus et ont même utilisé cette peur pour faire de l’audience ».

Des messages dramatiques, contradictoires, suspects d’arrière-pensées : tel est le cocktail explosif créé par le pouvoir lui-même et les médias. Comment s’étonner, ensuite, que la défiance gagne ? En effet, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, la gestion du gouvernement s’avère mal proportionnée à chaque étape de la crise : aussi bien le « tout va très bien » de février que la panique et le confinement du printemps ou la psychose de la seconde vague.

Devant ces constats qu’un peu de bon sens aurait pu lui faire anticiper, le Véran nouveau est arrivé ce dimanche pour tenter de se mettre dans la poche les 75 % de Français qui en ont ras le masque : « Nous ne voulons pas reconfiner le pays. » S’il n’assortit pas sa parole historique d’une de ces ordonnances un peu infantilisantes dont il a le secret, alors, il aura fait un gros progrès.

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