Editoriaux - Politique - 13 février 2019

Sondage : tout le monde monte – Macron, Philippe, et même Wauquiez. Nous voilà rassurés !

La restauration. C’est bien ce qu’indique le dernier sondage IFOP/Fiducial pour Paris Match et Sud Radio pour la quasi-totalité de la classe politique. Après l’effondrement de la fin 2018 consécutif au mouvement des gilets jaunes, tout le monde se rétablit.

À commencer par l’exécutif, Emmanuel Macron et Édouard Philippe gagnent, chacun, six points. Pour le Président, c’est une remontée de dix points en deux mois. Le plan média du grand débat a porté ses fruits. Néanmoins, 64 % des Français sont toujours mécontents et Emmanuel Macron est aussi populaire – ou impopulaire – que François Hollande et se classe au 18e rang de ce classement. Édouard Philippe fait mieux : 4e, et, avec 47 % d’opinions positives, il talonne son ministre le plus populaire : Jean-Yves Le Drian (49 %). Celui-ci semble devenir le grand commandeur de la Macronie, le vieux sage. Le recours. On ne sait jamais…

Toutes les gazettes nous le serinent à l’envi : la bande des jeunes braqueurs de banque – selon leur propre métaphore de victoire – qui s’étaient installée à l’Élysée en 2017 a été congédiée, affaire Benalla oblige. Désormais, leur chef s’en remet à cette vieille garde blanchie sous les harnais des présidents de l’ancien monde : Delevoye, Bayrou, Le Drian. Notre jeune Président qui avait du mal à incarner la dimension paternelle de la fonction s’est entouré de grands-pères. On compense comme on peut.

Chez les LR, tout le monde monte aussi. Même Laurent Wauquiez gagne trois petits points, alors que Marine le Pen en perd trois.

À chaque crise (attentats islamistes, gilets jaunes, élection dramatisée), c’est le même phénomène : la France se fait peur, des gouvernants dépassés lui font peur, l’ombre de Marine Le Pen se profile. On n’ose y croire. On se dit que ce n’est pas possible. Aucune opposition ne parvient à incarner et à crédibiliser les aspirations populaires. Et, donc, nos prestidigitateurs, jeunes mormons (c’est encore eux qui se nomment ainsi) ou vieux chevaux de retour, parviennent à remettre le couvert : on change la vaisselle cassée, on modifie le plan de table. Et, surtout, on remet le couvercle sur la marmite.

Restauration, donc ? Ou simple normalisation ? Ou lévitation, apesanteur, avant un inévitable retour à la réalité ? Le grand débat est une période de suspension généralisée : suspension des taxes, suspension des décisions. Les radars détruits ne sont pas remplacés. Les Français savourent ce répit et préfèrent ce brouillard rassurant, ce calme pré-printanier.

Dans quelques mois se reposeront avec une nouvelle acuité les questions qui fâchent : dérapage des dépenses publiques, croissance atone, retour de la fiscalité carbone, suppression des niches fiscales, retour des djihadistes, coût de l’immigration, danger de l’islamisation, société malade, des élèves avec un « parent 1 » et un « parent 2 », pour ceux qui en ont encore à la maison.

Sacré menu… Mais, pour le moment, le mijotage se poursuit.

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