Socialistes et LFI : le Dictionnaire des girouettes mériterait d’être réactualisé
À l’approche du second tour des élections municipales, un phénomène frappe par son ampleur : de nombreux candidats socialistes, après avoir affirmé qu’aucune alliance ne serait conclue avec La France insoumise, reviennent aujourd’hui, sans remords, sur leur parole. Ces revirements, loin d’être isolés, rappellent une constante ancienne de la vie politique française. En effet, au lendemain de la chute de l’Empire en 1815, la France était entrée dans une période de recomposition politique brutale avec la Restauration de Louis XVIII. C’est dans ce contexte qu’est alors apparu un ouvrage singulier, le Dictionnaire des girouettes, dressant un inventaire mordant des personnalités dont la fidélité politique avait changé avec le régime. À la lumière des agissements récents des socialistes, la question se pose avec acuité : ne faudrait-il pas en proposer une nouvelle édition, tant les noms de nouvelles girouettes politiques semblent désormais pouvoir s’y ajouter en nombre, afin que nul n’oublie dans l’Histoire de France ceux dont la parole n’était que du vent.
Un ouvrage satirique
Le Dictionnaire des girouettes fut diffusé le 24 juillet 1815, dans le tumulte qui suit les Cent-Jours et la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo. Publié par Alexis Eymery, un imprimeur-libraire parisien, et écrit par un groupe d’anonymes connu sous le nom de Société de girouettes, l’ouvrage recense plusieurs centaines de noms, de militaires, de magistrats, de journalistes ou d’hommes politiques, accusés d’avoir successivement servi la Révolution, l’Empire puis la monarchie restaurée. Chaque entrée détaille alors les fonctions occupées sous différents régimes, soulignant ainsi les contradictions et les opportunismes de chacun.

Capture écran Le Dicopathe
Parmi les figures emblématiques ayant réussi à s’adapter pour préserver leur position figurent Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent devenu prince des Girouettes, ou encore Joseph Fouché, le mitrailleur de Lyon. En effet, le premier a traversé l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire et la Restauration en conservant une influence constante. Le second, ancien ministre de la Police de Napoléon, s’est rallié lui aussi au nouveau pouvoir de Louis XVIII pour sauver son statut et sa vie, malgré ses crimes.
Une œuvre salutaire pour une France dégoûtée
Cet ouvrage tout à fait formidable connaît un succès immédiat. Il dénonce les compromissions politiques en les documentant avec précision. Les notices indiquent ainsi les dates de nomination, les changements de fonction et les prises de position successives. Cette accumulation de faits donne au lecteur une vision d’ensemble d’un phénomène massif. La notion de « girouette » devient alors une véritable métaphore politique, désignant ceux qui orientent leurs convictions au gré du vent.
Ce dégoût face à l’inconstance n’est pas propre aux pamphlétaires. En effet, il est partagé par d’autres comme Chateaubriand : « Cette époque, où la franchise manque à tous, serre le cœur. Chacun jetait en avant une profession de foi, comme une passerelle pour traverser la difficulté du jour ; quitte à changer de direction la difficulté franchie… À cette impossibilité de vérité dans les sentiments, à ce désaccord entre les paroles et les actions, on se sent saisi de dégoût pour l’espèce humaine. »
Nos girouettes actuelles
Deux siècles plus tard, le Parti socialiste semble rejouer cette pièce de théâtre des fidélités mouvantes. Olivier Faure lui-même affirmait, encore récemment : « Il n’y aura pas d’accord national entre LFI et le PS au second tour. » Pourtant, dans de nombreuses villes, les réalités locales ont conduit à des alliances effectives, révélant une différence manifeste entre la parole et les actes. Le cas de Johanna Rolland, à Nantes, est emblématique. Elle déclarait, le 7 décembre 2025 : « Vous le savez, je l’ai dit, il n’y aura pas d’accord avec La France insoumise. » Mais que voulez-vous, la soupe mélenchoniste est bonne et la place de maire, ainsi que le salaire de 9.000 euros qui l'accompagne, est confortable. Donc, pourquoi ne pas retourner sa veste et faire, finalement, alliance avec La France insoumise pour garder sa bonne place contre un fascisme inventé ? Même LFI en est conscient, quand le député Paul Vannier déclare de façon ironique, face à ce retournement d’allégeance : « Ne croyez jamais un socialiste. »
Numéro 2 du PS. Elle a depuis signé l’accord proposé par notre tete de liste insoumise à Nantes @WilliamAucant. Ne croyez jamais un socialiste. pic.twitter.com/zv3JSYfCpI
— Paul Vannier (@PaulVannierFI) March 17, 2026
Ils sont nombreux, les noms de socialistes et de leurs alliés s’alliant avec LFI qui pourraient accompagner celui de Johanna Rolland dans un nouveau Dictionnaire des girouettes : François Briançon à Toulouse prêt à s’allier avec François Piquemal, Thierry Miguel à Limoges avec Damien Maudet, François Cuillandre à Brest avec Cécile Beaudouin, Olivier Bianchi à Clermont-Ferrand avec Marianne Maximi ou encore David Fournier à Avignon avec Mathilde Louvain.
Il existe aussi ces candidats qui continuent à être soutenus par le PS local malgré leur alliance avec LFI, comme l’écologiste Grégory Doucet à Lyon, Anne Vignot à Besançon ou encore Laurence Ruffin à Grenoble.
Ainsi, comme en 1815, une même logique semble à l’œuvre : celle d’un changement permanent de ligne politique au nom de l’ambition et de l’opportunisme du moment pour sauver sa place. À l’heure actuelle, l’idée d’un nouveau Dictionnaire des girouettes s’impose presque comme une évidence, tant l’inconstance politique dont fait preuve une partie de la gauche française semble mériter d’entrer dans l’Histoire.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR





































40 commentaires
Combien de tomes pour ce futur ouvrage ?
Mdr !!!
Les girouettes ne figurent pas seulement dans la liste des socialistes. Regardez chez les centristes et les Républicains, c’est même pire . Raffarin , de Villepin , Sarkozy, Larcher etc etc .
L’actualisation du dictionnaire des girouettes mériterait au moins un complément, le dictionnaire de la honte.
Edgar Faure à qui on reprochait de changer d’avis (tiens !!! C’est le patronyme qui veut ça ???)… disait très justement « ce n’est pas la girouette qui tourne… c’est le vent ! »
Olivier Faure, comme tant d’autres, suit donc cette logique.
Aux électeurs de faire leurs choix devant ces « adaptations locales »
Les électeurs en ont par dessus là tête des basses magouilles . Le pourcentage d’abstention ne cesse d’augmenter !
ça doit être leur changement climatique qui fait tant tourner le vent..et les girouettes… mais ils s’en moquent car la majorité des électeurs sont des pleureuses qui ne votent plus.
Il est curieux de voir comme l’histoire a tendance à se renouveler. Attendons le nouveau chapitre, il pourrait être triste.
Si ll’histoire se répète c’est que les humains n’apprennent jamais rien, hélas !!!
On peut penser qu’installer un socialo sur le toit permettra de savoir d’où vient le vent.
rien n’est moins sûr parceque de mon point de vue ils sont plus proche du culbuto que de la girouette !
Et voici la chanson des PS et LFI : « Moi je construis des marionnettes, Avec de la ficelle et du papier, Elles sont jolies les mignonnettes, Je vais je vais vous les présenter : L’une d´entre elles est la plus belle, Elle sait bien dire papa maman, Quand à son frère il peut prédire, Pour demain la pluie ou bien le beau temps
Chez nous à chaque instant c’est jour de fête, Grâce au petit clown qui nous fait rire, Même Alexa cette pauvrette, Oublie oublie qu´elle a toujours pleuré » Vous avez reconnu Maud et Emmanuel, pas vrai. Merci Christophe.
Vaste programme .
Si encore c’était pour l’ambition. Même pas ! C’est pour la gamelle.
Ce ne sont pas les girouettes qui tournent mais le vent , du moins espérons le .
Il va grossir le dictionnaire.
des personnes qui dans le privé serais payées an smig touchent 1 fois plus a leurs place c’est tout compris
Darmanin et Le Maire ont été des girouettes particulièrement réactive lors du coup de Jarnac dont a été victime F Fillon. B Retailleau, lui, ne l’a pas lâché. Lui n’est pas une girouette et sa parole vaut quelque chose. C’est si rare qu’il faut le souligner.
Il ne faut pas confondre mariage et amour.
De même il ne faut pas confondre fusion technique et alliance.
Si la droite était aussi intelligente que la gauche, elle aurait inventé les fusions techniques, ou au moins utiliserait cette utile invention .
La technique arrivera à droite en 2032?