L’Assemblée nationale a refusé, mercredi soir, d’augmenter le SMIC à 1.500 euros. Les députés de la NUPES ont chargé le gouvernement, à l’image du député du Val-d’Oise Paul Vannier qui s’est exclamé, ce jeudi, sur Twitter : « La minorité présidentielle dit proposer des "mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat" mais a refusé le SMIC à 1.500 €, le blocage des prix et le gel des loyers... ». Et la cheffe de file des Insoumis à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, continue de dénoncer une alliance objective RN-LREM : « LREM-LR-RN refusent la hausse du SMIC à 1.500 € par mois. Voici le vrai visage de l’alliance contre le peuple au service des riches et du capital », s’exclame-t-elle. Le groupe Insoumis, qui a vertement critiqué la prime « enfumage de la majorité », ne décolère pas et actionne donc le traditionnel levier d’alliance de tous contre eux. « Prime à l’enfumage ? Mais c’était la prime aux fumistes ! », rétorque, sur LCP, le député de la majorité Sacha Houlié.

La raison principale de la position d’opposition « constructive » du RN vis-à-vis du projet de loi pouvoir d’achat et son refus de suivre la NUPES dans ses opérations d’obstruction parlementaire ? L’urgence de la situation. « Nous ne pouvons nous permettre de retarder des mesures certes minimales mais nécessaires pour nos compatriotes », déclarait-on dans les rangs du RN pour justifier le refus de suivre la NUPES dans sa motion de du gouvernement. Pourtant, lorsque ces derniers ont proposé la revalorisation du SMIC à 1.500 euros, ils ont suscité, évidemment, l’opposition prévisible de la majorité présidentielle et des LR, mais aussi celle du RN. Comment expliquer cette opposition à une mesure apparemment de bon sens, soutenant les salariés les plus précaires ?

Le RN piégé ?

Au RN, on a compris le piège et les députés s’acharnent à déminer le terrain pour faire taire les critiques : « Si on passe notre temps à augmenter le SMIC, on défavorise les classes moyennes qui voient leur pouvoir d’achat stagner. En votant uniquement le SMIC, on prend le risque d’entamer une boucle inflationniste », expliquait, ce matin, sur France Inter, le député RN Jean-Philippe Tanguy, qui propose en retour une exonération des charges sur les augmentations de salaire. Même son de cloche chez ses collègues, ainsi que le député du Vaucluse Hervé de Lépinau, qui pourfendait pourtant dans l’Hémicycle le geste fait par le aux professions indépendantes qu’il a qualifié « d’aumône de 46 euros par mois ». Pour l’élu, « cette augmentation ne peut être envisagée que si le revenu médian augmente aussi, sinon cela resserrerait l’écart entre un ouvrier qualifié et un bénéficiaire du SMIC », nous écrit-il par message. On retrouve la même analyse chez son collègue de Haute-Marne Christophe Bentz : « La baisse des prix est une mesure plus sociale car elle favoriserait tout le monde, actifs et inactifs, et pas seulement les salariés au SMIC ; c’est pourquoi il faudrait davantage baisser la TVA sur les énergies et les produits de première nécessité. » Au RN, on fustige donc une proposition irréalisable et on préfère élargir le champ de tir plutôt que de « risquer une augmentation de l’inflation tout en handicapant les entreprises », réagit, de son côté, le député du Gard Nicolas Meizonnet.

En bref, si la NUPES et le RN jouent chacun la carte de la défense des plus faibles face au rouleau compresseur de l’inflation et du déclassement, on assiste à deux stratégies divergentes renvoyant l’un et l’autre dans les bras de la majorité qui compte bel et bien sur cette désunion, même si, parfois, « les extrêmes se rejoignent », pour reprendre l’argument phare de la majorité. Ainsi, Jean-Philippe Tanguy a appelé à soutenir un amendement déposé par l’Insoumis François Ruffin. Ce dernier a, d’ailleurs, la cote chez les députés RN. « À titre personnel, j’étais pour l’indexation des salaires sur l’inflation », souffle ce député RN, « mais j’ai vu que seul Ruffin proposait cela. »

On l’aura compris, le SMIC à 1.500 euros, outre sa nature économique, est aussi un sérieux point d’achoppement de deux oppositions qui ne se concèdent rien face à une majorité trop faible pour trancher. C’est cela, au fond, la majorité relative, ou plutôt « la minorité présidentielle », comme le répète à l’envi la NUPES traitée, en retour, de « bouffon rouge du roi Macron » par le décidément en verve Jean-Philippe Tanguy. « Leurs accusations de collusion du RN et de la majorité ne tiennent pas, explique Christophe Bentz. Plusieurs fois, nous avons soutenu leurs amendements mais eux ne l’ont jamais fait pour nous. Que les Français ne s’y trompent pas, nous agissons pour eux et la gauche agit pour son intérêt politique », conclut l’élu RN de la Haute-Marne.

Photo Geoffroy Antoine

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21 juillet 2022

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