C’était trop beau ! Dimanche soir, assure, droit dans ses bottes, fier comme Louis XIV sur son cheval, place d’armes à Versailles, qu’on ne déboulonnera aucune statue en France. Victoire de la France éternelle ! Le chef de l’État a entendu l’appel de la patrie. « De Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me sens solidaire de tout », disait Napoléon Bonaparte. Eh bien, Emmanuel Macron, c’est pareil, il assume toute l’Histoire de France. Donc, pas touche à Colbert ! On sent un léger frémissement de bonheur à droite : au fond, il n’est pas si mal, ce jeune homme qui pourrait être notre gendre !

Et puis, le lendemain, vient le service après-vente. Sur France Inter, c’est Sibeth qui s’y colle. « Il faut que la France se réconcilie avec son Histoire. Là où je ne suis pas d’accord, c’est quand, à travers le déboulonnage des statues, on prône la disparition de figures historiques […] Moi, je ne crois pas qu’il faille les effacer de l’Histoire, je crois qu’il faut expliquer l’Histoire. » On se dit, au premier abord, qu’on ne peut qu’être d’accord sur ces phrases définitives. Mais comment expliquer ? « Avec des plaques explicatives sur les statues, comme celle de Colbert », rapporte France Inter. On se disait, aussi… Pourquoi, alors, ne pas imaginer un code couleur qu’on attribuerait aux personnages statufiés ? De bleu à rouge, par exemple. Bleu : très gentil. Rouge : très méchant. Blanc : ne se prononce pas ou n’a pas encore fait l’objet d’un jugement « historiographique » (on reviendra sur ce joli mot savant). Bien sûr, il faudra débattre au préalable sur l’attribution du code couleur. Pourquoi le rouge devrait être négatif, par exemple ? Parce que surtout pas le noir… Bref, en perspective, des débats en cascades tout à fait passionnants.

Ne pas déboulonner les statues ; par contre, les plaques de rues, faut voir, estime . Et comme Emmanuel Macron n’a pas abordé ce sujet, la faille est trop belle… Il y avait bien des avenues Philippe-Pétain, autrefois. Elles ont été débaptisées. Alors, puisqu’on est au rayon militaire, l’intervieweuse Léa Salamé aborde le cas Bugeaud. N’est pas à la fête, par les temps qui courent, le maréchal Bugeaud de la Piconnerie, duc d’Isly (1784-1849) et parrain d’une promotion de Saint-Cyr (1958-1960), grande figure de la conquête de l’Algérie qui, effectivement, ne fut pas une promenade militaire. Pour , la question se pose : peut-on encore avoir une avenue Bugeaud à Paris ?

Mais attention, c’est comme le avec les scientifiques, cette affaire-là : c’est aux spécialistes de se prononcer, pas à la rue (là, on peut être d’accord) ni aux politiques. Ah bon ? C’est les spécialistes qui vont décider des noms de rues, pas les élus ? C’est qui, au fait, les spécialistes ? Mais la porte-parole du gouvernement précise sa pensée complexe : « Ce que je veux, c’est qu’on ait cette discussion historiographique. » Nous y voilà ! Le mot vous en bouche un coin, hein ? À l’origine, un historiographe, nous dit le dictionnaire, était un lettré pensionné pour écrire l’histoire de son temps, de son souverain, genre « Les très riches heures du règne d’Emmanuel Macron » que pourrait commettre l’écrivain et ami du Président Philippe Besson, qui avait constaté, ébahi, que malgré la chaleur, son idole ne transpirait pas. Quant à l’historiographie, c’est l’ensemble des documents historiques relatifs à une question – toujours selon le dictionnaire. Autant dire qu’on est bien avancé.

Mais, au fait, qui a demandé son avis à Sibeth Ndiaye ? « Ce que je veux », nous dit-elle. Un porte-parole n’a pas à vouloir ou ne pas vouloir. Il a à porter la parole gouvernementale. Faudrait peut-être que quelqu’un lui dise un jour, à notre historiographe.

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