« Son problème, c’est qu’il adore les déguisements : en militaire, en aviateur, etc. Il ne faudrait pas que les Français finissent par croire qu’il s’est déguisé en Président », raillait un proche du Président – désireux de rester anonyme, on le comprend un peu – dans les colonnes du Parisien, le 5 avril dernier.

C’est donc le blazer de Nicolas Sarkozy qu’ a sorti, dimanche soir, de sa penderie… déterminé, un poil conservateur, propre à rasséréner son électorat vieillissant et épris d’ordre qui, bien qu’habitué à avaler beaucoup de couleuvres, le soir aux infos, avec un petit whisky, peine à digérer ce qui ressemble cette fois à un boa constrictor : mieux que la chloroquine, l’indigénisme incarné par la très vertueuse et pacifique famille Traoré (en fais-je assez comme ça ?) a fait disparaître miraculeusement le Covid-19, en tout cas des écrans télé, et on peut le remercier bien bas car c’est sans doute grâce à lui, le deux poids deux mesures commençant à devenir géant, que nous pourrons nous rassembler tranquillement cet été sans devoir rendre compte du moindre château de sable ou pique-nique entre amis.

Passons sur ces assouplissements et sur la réouverture de l’école – une rentrée le 22 juin pour une fin d’année le 4 juillet, ça laisse tout juste le temps de fermer sa trousse, vider son casier et dire au revoir à la maîtresse -, passons aussi sur son « autosatisfecit » même s’il nous irrite, pour nous intéresser au sujet brûlant. Car là, il l’a dit tout de go : « La République ne déboulonnera pas de statue. » Sur les réseaux sociaux, certains s’extasient de tant de fermeté. Mais c’est un peu la moindre des choses, non ? Encore heureux, la République ne déboulonnera pas de statue, ne taguera pas les murs, ne cassera pas les vitrines et ne criera pas (enfin, pas de cette façon) « tout le monde déteste la police » ! Mais la vraie question est surtout de savoir si elle continuera à laisser d’autres qu’elle, en capuche noire, le soir, faire tranquillement le sale boulot ? Et si, mieux que « tolérer » ces statues, elle saura enfin les faire aimer et vénérer pour rendre les petits Français fiers. Quel homme politique contemporain peut se targuer d’arriver à la cheville de Colbert ?

Il a dénoncé, par ailleurs, « la réécriture haineuse et fausse du passé ». De la part de celui qui a qualifié, durant sa campagne électorale, le colonialisme de « crime contre l’humanité » – le premier qui voit un crime contre l’humanité faire exploser la démographie de ladite humanité prévient l’autre -, convenons que c’est un tantinet culotté.

… À moins qu’il n’ait, finalement, endossé la cape de Batman : « Je suis oiseau : voyez mes ailes ; je suis souris : vivent les rats », plaide la chauve-souris de la fable. Et le pire est que le chiroptère est, l’espace d’une minute, sans doute sincère : villiériste en Vendée, indigéniste à Alger.

Quoi qu’il en soit, dès le lendemain, l’impérieuse Sibeth N’Diaye a fait rentrer Sarkozy et Batman à la niche. Comme le résume France Inter« La république ne déboulonnera pas de statue… mais [elle] n’exclut pas quelques exceptions. »

Certains conseillers du Président suggéreraient plutôt des « contre-monuments », avec « d’autres figures » de l’Histoire. Le casque de Hollande voisinera-t-il avec la perruque de Colbert ? Fera-t-on, pour Mitterrand, l’option bêtement figurative – un peu trop ringarde et « Puy du Fou », dirait France Culture – ou missionnera-t-on un grand artiste contemporain qui, entre plug anal et vagin de la reine, pourrait bien mettre l’intéressé (c’est le problème) en une audacieuse posture où il ne sera guère reconnaissable par ses thuriféraires… et risque surtout, dans l’au-delà, de ne pas du tout lui plaire ? Les paris sont ouverts !

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